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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 08:04

(CRP/Syfia) Malgré leur âge avancé, à Mossendjo des femmes du troisième âge travaillent dur dans les champs pour trouver de quoi survivre. De quoi accélérer leur vieillissement…

"À mon âge, je ne devrais plus aller au champ, mais plutôt me reposer et attendre mon dernier jour", se plaint Antoinette*, octogénaire de Mossendjo, ville du Niari à environ 400 kilomètres au nord-ouest de Brazzaville. Antoinette fait partie de ces femmes du 3e âge obligées de travailler dur pour faire vivre leur famille. "Je n’ai pas de choix. C’est vrai que mes enfants et mes petits-enfants sont là. Mais, ils n’aiment pas aller au champ. Quand mes garçons mettent enceintes des filles, c’est moi qu’on embête pour la layette. Quant à mes filles, c’est moi qui les nourris..." Chaque jour, Antoinette parcourt 3 km pour se rendre dans ses champs.

Nicole Nzamba, jeune agricultrice dans la trentaine, y voit plutôt une forme d'obstination : "Nos vieilles mamans ont du mal à rester oisives. Voilà pourquoi, elles ne rompent pas avec les durs travaux champêtres pendant leur vieillesse. Essayez d'amener l'une d'entre elles en ville, elle vous ordonnera de la renvoyer au village pour continuer ses travaux !"

Une vision des choses que paraît partager Augustine Milébé. A 70 ans, cette dernière continue son maraichage à environ 100 m de sa maison au bord de la rivière Makengué au quartier n°3 : "Je ne peux pas dire que mes enfants m’ont abandonnée. Les uns m’appellent à Pointe-Noire, les autres à Brazzaville. C’est moi-même qui persiste à rester ici pour pratiquer le maraîchage par devoir de mère. Je fais en effet parfois des mandats à mes enfants. Je reste leur maman et je dois continuer de m’occuper d’eux jusqu’au jour où je me sentirai fatiguée."

Douleurs et drames

Des activités certes bénéfiques pour la santé financière de ces femmes et de leurs proches, mais des activités aussi risquées pour leur santé. "Les travaux champêtres me donnent des douleurs musculaires, des maux de dos, des rhumatismes. Je suis convaincue que je ne devrais pas souffrir de tout cela si je restais à la maison. Si on a inventé la retraite, c’est pour que les gens se reposent pendant leur vieillesse !", insiste Antoinette.

Des risques qui tournent parfois aux drames. "Il y a deux ans, une femme de 85 ans a été retrouvée morte au bord du marigot de Limika (environ 10 km au nord-est de Mossendjo, Ndlr) à côté de son panier de manioc roui qu’elle venait de nettoyer", se souvient avec tristesse Tatiana Moukouya, une journaliste de Radio Louessé, une station qui ne fonctionne plus depuis 2012 à cause d'une panne de son émetteur. Pour Tatiana, "peut-être cette vieille femme a fait un accident vasculaire cérébral (AVC). Si elle était restée en ville, on l’aurait peut-être conduite à l’hôpital pour la sauver... La défunte avait pourtant des jeunes filles qui auraient pu aller au champ à sa place !" Si le corps de cette femme a été retrouvé, ce n'est pas le cas pour toutes... "Jusqu’aujourd’hui, on n’a jamais retrouvé une autre personne du 3ème âge qui partait seule dans son champ. Cela fait maintenant près de dix ans !", témoigne Rose Ibinda, une agricultrice.

A quand des maisons de retraite ?

Pour éviter d'autres disparitions, certaines familles prennent des dispositions. "Ma belle-mère est fatiguée. Mon mari et moi ne pouvions pas accepter qu’elle aille au champ. Elle a travaillé pour nous. Désormais, c’est à nous de lui renvoyer l’ascenseur !", fait savoir Prisca Mouviha, qui, malgré son handicap physique, prend soin de sa belle-mère, Rose Moukanda, octogénaire. "Je passe mes journées à jouer avec mes petits-fils, pendant que leur mère est au champ. En cette période d’inactivité, c’est ma belle-fille qui me prépare le repas et veille sur ma santé. Sans elle, je devrais passer mes derniers instants dans la solitude et la souffrance", témoigne Rose. Elle sollicite cependant l’aide des pouvoirs publics : "J'ai la chance d'être prise en charge par ma famille, mais j’imagine qu’il y a bien d’autres personnes du 3e âge qui vivent dans la pauvreté et la solitude. L’État doit nous construire des maisons de retraite et nous donner des vivres."

Une demande à laquelle les autorités locales affirment répondre déjà, du moins en partie. Charly Mounguengui, agent à la circonscription des Affaires sociales de l’arrondissement 2 de Mossendjo, souligne : "Avec les moyens du bord, nous distribuons souvent à ces personnes des vivres, afin de les empêcher d’aller en forêt chercher de quoi survivre. Ce n’est pas suffisant, mais les pouvoirs publics, j’en suis persuadé, construiront des hospices et formeront des agents pour la prise en charge des personnes du 3e âge." Reste à savoir d'ici combien de temps...

John Ndinga-Ngoma

Avril 2015

*Prénom d’emprunt

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Published by Syfia Congo Brazza
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com