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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 13:34

(CRP/Syfia) A 85 ans, Alphonsine Mangueni, surnommée "Oléli Oléli" ("A tant pleuré", en lingala) est la veuve d'un pêcheur. Malgré les décès de son mari et de huit de leurs douze enfants, elle reste une travailleuse acharnée et souriante. A Kitengué, sur l’Île M’bamou, près de Brazzaville, elle est une véritable légende.

Femme Plurielle : Pourriez-vous vous présenter ? Depuis quand exercez-vous la pêche ?

Oléli Oléli : Je m’appelle Alphonsine Mangueni. J'ai 85 ans. A environ 15 ans, j'accompagnais déjà mon mari à la pêche. Avec le temps, cette activité est devenue une passion pour moi. Pourtant, par moments, je me plaignais de la dure vie que nous menions. Mon époux compatissait. Un jour, il m'a dit : "Si on te met dans une belle maison, mangeras-tu cette dernière ? Fais plutôt quelque chose avec tes mains et tu seras rassasiée tous les jours." A partir de ce moment là, j’ai arrêté de me plaindre et je me suis mise au travail.

A 85 ans, vous continuez à pêcher et faire les champs. Qu’est ce qui vous motive à être toujours aussi active ?

A mon âge, je loue les services de gens qui m’aident aux champs. Parfois, je fais appel à mes filles ou aux jeunes du village. Pour la pêche, je loue aussi les services d'employés. (Au total, une dizaine de personnes travaillent ainsi pour celle qui est aussi surnommée localement "Habituée des eaux", Ndlr).

En résumé, je n’aime pas rester les bras croisés. Quand je ne suis pas au champ ou à la pêche, je fabrique des nasses que je revends à petit prix aux pêcheurs du village. Il m’arrive aussi de rester sur la berge pour m’assurer que les gens que j'emploie font correctement leur travail. Si ce n'est pas le cas, je mets moi-même la main à la pâte pour leur expliquer quelques techniques et leur communiquer ma passion pour cette noble activité. Mais, je ne m’aventure plus dans les eaux profondes comme avant.

Au village de Kitengué, vous êtes une légende. Comment expliquez-vous votre popularité ?

Je pense que c'est dû à ma force de caractère. J’ai perdu huit de mes douze enfants (décès attribués pour la plupart à de mystérieuses causes mystiques, Ndlr). Il ne m’en reste que quatre. A quoi cela me servirait-il de m’apitoyer sur mon sort ? Je ne peux pas toujours compter sur mes enfants ou les voisins. Quand à la famille de mon mari, à la mort de celui-ci, elle m'a presque tout pris : notre demeure, une partie de mes champs et de mes étangs, etc. Nous avions pourtant bâti notre patrimoine ensemble !

Mais, j'ai appris à ne dépendre de personne. Autrement, on meurt de faim et on n'a rien non plus pour se soigner. Chaque matin, je fais en sorte que ma journée soit rentable en vendant du poisson, des légumes ou du manioc. Quand je suis trop fatiguée pour aller vendre à Brazzaville, mes clientes viennent à moi. Lorsque les ventes sont bonnes, j’avoisine un bénéfice journalier de 10 000 Fcfa (plus de 15 €). Mais, en général, quand j’ai mes 6 000 Fcfa (9 €) par jour, cela me suffit.

Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération de Congolaises ?

Les filles d'aujourd’hui aiment la facilité et se faire entretenir. Elles ne veulent pas prendre de risques. A mon époque, quand nous allions pêcher avec mon mari, de retour au village, c’est à moi que revenait la charge de vendre les poissons. Je disposais ainsi d'un petit fonds de caisse avec lequel je pouvais aisément me prendre en charge et aider ma famille. Avec ma part, je contribuais par exemple à acheter les fournitures scolaires des enfants.

Je suis heureuse que certaines jeunes femmes commencent à prendre exemple sur moi. Il est vrai que, malgré l’absence de mon mari et, il y a un an, le dernier décès brutal d'un de mes fils, je continue à me battre.

Quel message adressez-vous aux jeunes femmes de votre village ?

Je leur demande de se lever et de se battre, encore et toujours ! C'est seulement comme cela qu’elles pourront acquérir leur autonomie financière. Même si j’emploie des gens aujourd’hui, quand il le faut, je n’hésite pas à mouiller le maillot pour montrer aux jeunes qu’elles doivent se battre et être déterminées pour réussir.

Propos recueillis par Annette Kouamba Matondo

Octobre 2015

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Published by Syfia Congo Brazza
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com