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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
  • Le blog de Syfia Congo Brazza
  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 13:10

(CRP/Syfia) Contaminée par son mari aujourd’hui décédé, Blandine Sita Annette a choisi de s’afficher séropositive. Objectif de la présidente de l’Association Femme Plus du Congo (AFPC) : encourager d’autres malades du VIH/Sida à suivre son exemple et à se soigner. Depuis plus de 15 ans, elle se bat au quotidien contre le virus et les préjugés.

Madame Blandine Sita Annette, vous êtes séropositive et présidente de l’Association Femme Plus du Congo (AFPC). Avant de nous en dire plus sur votre association, pouvez-vous nous raconter quand, et dans quelles circonstances, vous avez été contaminée par le VIH sida ?

J’ai été contaminée par le virus du Sida par mon mari, qui était séropositif. Il en est mort.

Avez-vous su de quoi il était malade de son vivant ou après sa mort ?

Je l’ai plutôt appris après son décès. Ma belle-famille savait qu’il était séropositif, mais elle me l’a caché... Ce n’est qu’après, quand je suis restée seule, alors que j'étais souvent malade, que je me suis dit que quelque chose n’allait pas.

Vous avez donc décidé de faire le test de dépistage du VIH/Sida ?

Je suis allée dans un hôpital de base de notre pays pour faire le test. Le médecin était ahuri de voir une femme demander cela, mais il me l’a accordé. Je suis donc allée dans un laboratoire de grande renommée de notre pays. Les résultats ont trainé pendant plus d’un mois ! C’était en quelque sorte un jeu de ping-pong... Je continuais à souffrir et à maigrir.. Alors, je me suis fâchée, je devais connaître mon état sérologique ! Un assistant sanitaire m'a emmenée au centre de traitement ambulatoire (CTA) de la Croix-Rouge française chez nous. J'ai refait mon test. C'est là que j’ai connu mes résultats.

C’était en quelle année, maman Sita ?

En 1999 ou en 2000, je crois.

Et depuis, comment luttez-vous contre cette maladie au quotidien ?

Au CTA, d’emblée, les assistantes sociales m’ont prise en charge médicalement et psychologiquement, de telle sorte que je ne sois pas trop affaiblie. Par ailleurs, j'ai suivi des formations d’accompagnement psychologique. J’ai aussi été dans des conférences internationales sur le VIH/Sida. C’est en participant à ces différentes formations et séminaires, que je me suis dit que je n'étais pas seule dans cette pathologie. Ces formations ont également fait en sorte que je connaisse notamment les modes de transmission du VIH.

Comment faites-vous pour vous soigner au quotidien ?

Chaque mois, j’ai un rendez-vous au CTA avec mon médecin traitant. Et, chaque trimestre, je fais un bilan pour contrôler certains organes de mon corps, tels que mes reins, mon foie. Tous les six mois, on contrôle ma charge virale pour voir comment le traitement réagit dans mon corps. Ces contrôles m'aident à bien suivre mon traitement.

Pourquoi avez-vous choisi de vous afficher publiquement comme séropositive ?

Il y avait beaucoup de décès liés au VIH/Sida... En 2004, j'ai donc décliné en public mon état sérologique pour la première fois. Dans ma famille c’était grave ! Les gens avaient du mal à accepter cela, de même du côté de ma belle-famille. Pour elle, je jetais le discrédit sur leur parent. Pourtant, je n’avais pas parlé de la séropositivité de mon mari. J’ai été obligée de repartir vers ma belle-famille pour leur dire de ne plus me voir comme la veuve untelle… Je leur ai expliqué que j'avais repris mon nom de jeune fille, celui donné par mon père : Sita. Avant, je portais le nom de mon défunt mari.

Et maintenant quelle sont les réactions de ces personnes face à votre décision ?

C'est mon corps, qu’est-ce qu’elles peuvent dire ?!? Je suis allée voir ma belle-soeur. Je lui ai donné mon témoignage, à savoir qu'elle ne pourra jamais m’effacer l'idée que j'ai en tête. Je me dis en effet qu'étant séropositive, là où je suis assise, non loin de moi, quelqu’un souffre et a besoin de mon témoignage. Certains pensent que parce qu'ils sont séropositifs, c’est la fin, ils ne sont plus rien... Un ancien collègue, professeur de lycée, est mort bêtement parce qu’il ne voulait pas se faire soigner ! Il avait trop honte.. Dans les medias, les gens me voient tel que je suis. Ils se disent : "Voilà une séropositive. Si je prends correctement mon traitement, je serais comme cette femme."

Depuis combien de temps êtes-vous membre de l’Association Femme Plus du Congo (AFPC) ? En quoi consiste son travail ? Combien de membres compte-elle ?

J'ai intégré l'association en 2002, en tant que secrétaire générale. L'AFPC avait été crée par une assistante sanitaire d'un CTA, qui voulait s'occuper spécifiquement des femmes séropositives. Je suis devenue présidente de l’association en 2004. Nous sommes autour de 45 membres. Parmi nous, il y a des personnes infectées et affectées.

Pouvez-vous nous donner des exemples de stigmatisations courantes ?

Il y en a malheureusement beaucoup ! Dans notre siège, nous avons logé six femmes et leurs enfants rejetés par leurs familles. Moi-même, j’ai été stigmatisée à mon travail. J’ai même failli être mutée ailleurs. La note était déjà sortie. N’eut été l’implication de responsables de la lutte contre le VIH, j'aurais dû partir, parce qu’on m’avait vue à la télé dire que j’étais séropositive.

Vous avez participé à l’élaboration du décret n° 30 -2011 du 3 juin 2011 portant lutte contre le VIH/Sida et protection des droits des personnes vivant avec le VIH.

Après un atelier sur cette question, j’ai bénéficié d’un plaidoyer avec les femmes parlementaires sur l’élaboration de ce projet de loi. En cas de discrimination avérée il y a des peines de prison de 3 à 6 mois et des amendes de 100 à 300 000 Fcfa (de 150 à 450 €, art.47*).

Y a-t-il eu depuis des textes d’application ?

Malheureusement, non...

Y a-t-il déjà eu des plaintes ?

En principe, il devrait y en avoir, car nous sommes stigmatisées, mais les séropositives ne sont pas prêtes à s’afficher comme telles. Elles ne peuvent donc pas porter plainte. Résultat : elles ne font que subir. Surtout les intellectuelles, elles ne veulent pas dévoiler leur séropositivité. Quand elles sont dans le besoin, elles viennent. Quand leur état de santé s’améliore, elles ne viennent plus...

Comment expliquez-vous, alors que 80 % des Congolais connaissent les modes de transmissions du VIH Sida, que les séropositives soient encore tant rejetées ?

Il y a des gens, je ne sais pas si leur comportement est inné ou s’ils sont bloqués... Vous avez beau leur expliquer quelque chose, ils ne comprendront jamais. Quand vous leur dîtes que c’est bleu, ils voient que c’est rouge...

Que pensez-vous des compagnes de sensibilisations qui ont débuté au niveau de la force publique , des hôpitaux et de l’université ?

C’est cela que nous voulons ! Moi, par exemple, je suis allée dans les casernes pour la sensibilisation sur le VIH/Sida. Mais, maintenant, cela ne se fait plus, par manque de financements...

Quel est votre avis sur l’intégration récente d’un volet VIH/SIDA dans les programmes scolaires ?

Cette initiative est la bienvenue ! Prenons l’exemple de ma petite-fille. A 8 ans, elle sait que "mémé" est séropositive. Quand elle voit qu’il est 21 heures, elle dit : "Mémé, ton médicament !" Elle sait que je dois me soigner pour survivre. Et, quand elle voit une lame de rasoir traîner, elle me dit : "Mémé tu vois la lame là ? Quelqu’un peut attraper le Sida avec !" Les programmes comme ça à l’école, ne peuvent être que les bienvenus pour que l’enfant, dès le bas âge, connaisse ce qu'est le Sida.

Quels sont vos projets d’avenir personnels ?

Étendre le champ d’action de notre association, pour que les gens connaissent davantage ce qu'est le Sida. Nous avons un autre projet pour informer sur la transmission de ce virus de la mère à l’enfant lors de l'accouchement. Nous devons éduquer et encore éduquer.

Jusqu’à quand vous battrez-vous pour défendre les séropositives ?

Comment pouvez-vous me parler de la durée de notre combat ?!? La lutte est perpétuelle ! Nous ne pouvons pas l’arrêter, car nous n’avons pas encore trouvé un médicament qui tue le VIH/Sida ! Aujourd'hui, la femme est donc toujours exposée. Pour la cause de la femme, nous battrons toujours. Pour la cause de l’enfant nous combattrons également !

* http://www.sgg.cg/imageProvider.asp?private_resource=1174&fn=jo_2011_24.pdf

Propos recueillis par Flaure Elysée Tchicaya

Janvier 2016

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Published by Syfia Congo Brazza
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com