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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 15:56

(CRP/Syfia) Battue pendant 30 ans par son époux, Céline Adèle Pinga a quitté le foyer conjugal et crée « Femme ne pleure pas, agis ». Son association conseille les couples et accompagne gratuitement en justice les femmes victimes de violences. Avec des condamnations à la clef.

« Je dois le bonheur de mes deux enfants à Mme Céline Adèle Pinga ! », assure, reconnaissante, Chimène Moukouyou, la trentaine révolue. Céline Adèle a accompagné Chimène au Tribunal pour enfants de Pointe-Noire. Cette dernière y a dénoncé son ex-compagnon, qui ne remplissait plus ses obligations de nourrir, soigner et scolariser ses enfants. Obligations inscrites dans la loi du 14 juin 2010 portant protection de l’enfant, qui stipule notamment que la santé, la nutrition, l’éducation et les loisirs sont des droits fondamentaux de l’enfant.

Aujourd’hui, « grâce au jugement rendu, notre premier enfant de 7 ans vit avec son père. Par ailleurs, mon ex-compagnon verse sans problèmes sa pension alimentaire et il finance la santé et la scolarité de l’enfant plus jeune qui est encore avec moi. Nous ne sommes plus ensemble, mais nous discutons amicalement pour prendre des décisions conjointes pour le bien de nos enfants », apprécie Chimène.

Comme Chimène, de 2013 à nos jours, une vingtaine de femmes ont obtenu gain de cause après avoir été aidées à rédiger des plaintes en justice par « Femme ne pleure pas, agis ». Pour ces victimes, Céline Adèle et son association jouent en quelque sorte le rôle d’avocats, car recourir à un professionnel du droit est très onéreux. L'aide juridique de « Femme ne pleure pas, agis » est, elle, gratuite. Céline Adèle finance ces démarches grâce à ses différentes activités (maraîchage, commerce). Son association ne vit, en effet, que de cotisations, legs et dons.

Se dire les choses sans tabous

Nady* a dernièrement bénéficié elle aussi de cette aide juridique providentielle : « Mon ex-mari a été condamné à un an de prison avec un sursis assorti d’un franc symbolique d’amende pour maltraitances et violences contre moi. » Après le procès, Nady* s'est séparée de son mari.

Son activisme actuel, Céline Adèle le doit à sa triste expérience personnelle. « Au début de notre union en 1983, mon mari et moi, nous nous entendions bien. C’était un mari exemplaire, mais, ça n’a pas tardé pour qu’il se transforme en un mari violent. Sous le coup de l’alcool, il me battait. Un jour, il m’a même cassé le pouce droit... », se souvient-elle en montrant d’autres stigmates sur son corps. Un « supplice » qu’elle aura subi jusqu’en 2013, quand, « sous l’effet de la douleur », elle fuit chez ses parents, renonçant également à son travail d'enseignante.

Grâce au Réseau des associations de solidarité positive au Congo (RASPC), elle retrouve alors le goût de vivre et de lutter. « En 2013, à la chambre de commerce de Pointe-Noire, j’exposais les photos de femmes battues et de veuves privées d’héritage. Céline Adèle s'est confiée à moi et je lui ai demandé d’intégrer notre Réseau. Nous lui avons remis des textes juridiques nationaux et internationaux (Code de la famille, Code pénal, Déclaration universelle des droits de l’homme, etc.). Après six mois de formation rapide, elle est devenue para-juriste », se souvient Beaupol Makouangou, président du RASPC.

Céline Adèle a ensuite voulu créer une structure spécialisée, partant du principe qu'"entre femmes, les choses se disent sans tabous." Au niveau personnel, elle n'a pas repris son travail d'enseignante et ne s'est pas remise en couple avec un autre homme. Mère de quatre enfants, elle finance les études de l'un d'entre eux. Les trois autres sont restés avec leur père.

"Ouvrir les yeux, faire confiance aux institutions"

Au sein de « Femme ne pleure pas, agis » (20 membres au total) Céline Adèle a déjà formé quatre autres para-juristes. « Grâce à sa formation, je sais par exemple que les coups et blessures volontaires, quel qu’en soit l’auteur, sont punis par le Code pénal congolais (article 311, deux à cinq ans de prison et 4 000 à 48 000 Fcfa, soit 6 à 75 € d’amende, Ndlr). Ces connaissances me permettent de discuter avec d’éventuels maris violents », témoigne Céline Malonga, une ancienne victime devenue para-juriste et membre de « Femme ne pleure pas, agis ». L'approche se veut en effet d'abord diplomatique, avec des conseils au couple avant d'enclencher une éventuelle procédure judiciaire.

Pour l’heure, « le grand problème est que peu de femmes dénoncent leurs époux au nom des coutumes, de la préservation du mariage et par peur des représailles de leurs bourreaux », déplore Diane Peggie Dzebelé, une juriste. Selon Madeleine Paka-Zoulouka, directrice départementale de l’Intégration de la femme au développement à Pointe-Noire, nombreuses sont en effet les femmes à souffrir encore en silence : « Bien que nous n’ayons pas de chiffres précis, le problème de ces violences est réel dans nos sociétés. »

Sans relâche et forte de son expérience personnelle, Céline Adèle recommande donc une réelle prise de conscience des femmes : « J'ai longtemps été enchaînée par les coutumes et par l’idée que mes enfants feraient les frais de notre séparation. Je pensais aussi que les institutions ne pouvaient rien faire pour moi. Je me trompais. Si je n’en avais pas pris conscience, je serais peut-être déjà morte ! Les Congolaises doivent ouvrir les yeux et faire confiance aux institutions. »

* Prénom d’emprunt

John Ndinga-Ngoma

Février 2016

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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com