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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 14:25

(CRP/Syfia) A Sibiti, dans le département de la Lékoumou, Patricia Bouanga, une autochtone élue chef de bloc, assume sa mission avec dévouement. Les habitants, autochtones et Bantous, l'apprécient.

"Je me suis fait remarquer et j'ai été nommée dans le bureau du comité du quartier grâce à mon travail. Je me bats pour m’affirmer. Pourquoi pas occuper plus tard un poste plus élevé ?", questionne, joyeuse et ambitieuse, Patricia Bouanga, 35 ans, célibataire et mère de trois enfants.

Habillée d’une robe rouge arborant des motifs jaunes, barrette sur sa tête pour soutenir son tissage noir qui met sa beauté et son teint clair en valeur, Patricia est coquette et élégante. Elle est la première autochtone chef du bloc 6 du quartier Indo à Sibiti, dans le département de la Lékoumou (environ 400 km au sud-ouest de Brazza). Elle est par ailleurs présidente de l’Association debout femme autochtone du Congo (ADFAC), créée en 2014. Une association de 80 membres, qui œuvre dans l’agriculture.

Patricia a été élue chef de bloc en septembre 2015 avec 60 % des voix, par des autochtones et des Bantous. C'était au cours d’une assemblée générale du comité de gestion du quartier Indo. Depuis, elle prend son rôle au sérieux. "Elle est gentille. Elle nous visite, quand l'un d'entre nous est malade. Je suis contente qu’elle soit chef de notre bloc", apprécie Elisabeth Nkoua Mala, une Bantoue du bloc n°6.

L'école, un passeport pour s'émanciper

Les membres du comité du quartier sont également satisfaits. "Patricia est disponible à toutes nos réunions. Elle est vaillante. Elle s’exprime bien et n’a pas honte de parler", observe Christine Ilonda, une Bantoue, secrétaire du comité du quartier Indo. Jean Denis Toutou Ngamiyé, président de l’Association pour la promotion socioculturelle des populations autochtones du Congo (APSAC) à Sibiti, a la même impression à propos de Patricia, membre de son association : "Je suis heureux de la voir chef de bloc. Elle est dynamique et fait du bon travail. Une majorité d'habitants est de mon avis."

Puéricultrice de formation (BEP, brevet d’études professionnelles, option puériculture obtenu en 2015), Patricia Bouanga est une femme de caractère, prête à se battre pour faire respecter les droits des autochtones : "Aujourd’hui, certaines filles bantoues nous disent encore de 'retourner dans notre forêt', pourtant, nous sommes des femmes comme elles !"

Patricia sait de quoi elle parle, elle qui a eu ses enfants avec un Bantou, qui l'a amenée à Brazzaville, avant de l'abandonner avec leurs trois petits. De retour à Sibiti, sans ressources ni soutien, Patricia a promis ne plus s'amouracher d'un Bantou. Un repli communautaire jugé salutaire par certains, comme Raïssa Nto une autochtone du bloc 6 : "Quand un autochtone a un litige avec un Bantou, c’est elle qui va voir les autorités pour qu’on règle le problème. Par exemple, quand l'un d'entre eux met enceinte l'une des nôtres et refuse la grossesse, Patricia se lève pour nous défendre !"

Mais, l'action de Patricia ne se limite pas aux couples. "Elle encourage nos enfants à aller à l’école. Aujourd’hui, dans le quartier, 25 autochtones sont scolarisés grâce à elle. Parfois, elle donne 100 Fcfa (0,15 €) aux plus capricieux pour aller à l’école", apprécie toujours Raïssa. Avant, l'intervention de la chef de bloc, à peine une dizaine d’enfants autochtones étaient scolarisés. Pour en convaincre davantage, Patricia a aussi remis quelques fournitures scolaires et fait comprendre aux parents que c'est par l’éducation que leurs enfants obtiendront des "armes pour leur émancipation" et occuperont peut-être demain des postes à responsabilités.

Décomplexer sa communauté

Une manière également pour Patricia d'éviter à ces enfants de vivre les mêmes tracasseries scolaires qu'elle : "Je me souviens, on se moquait de nous. On nous disait que nous sentions mauvais. Parmi nous, certains ont abandonné... Moi, j’ai tenu bon. A l’école primaire, je rêvais de travailler dans l’administration comme mon oncle, alors conseiller d’un sous-préfet. Cela m’a donné la force de surmonter moqueries et insultes. Aujourd’hui, j’ai mon BEP en poche !"

Actuellement, Patricia Bouanga partage sa détermination et sa réussite avec les membres de sa communauté. "Quand elle revient des séminaires à Brazzaville, elle achète des vivres qu’elle partage avec tous les autochtones de notre bloc !", note Ngaba Makélé, un autochtone du quartier Indo.

Au-delà de ces dons ponctuels, Patricia rêve "de voir les autres autochtones instruits lutter davantage pour le respect de leurs droits et l'accession à des postes dans l’administration." Une ambition qu'elle s'applique d'abord à elle-même, espérant bientôt "suivre des stages comme puéricultrice à l’hôpital de Sibiti pour soigner les enfants bantous et autochtones." La chef de bloc continue donc de prêcher par l'exemple, pour décomplexer les membres de sa communauté et les encourager à travailler d'égal à égal, à l'unisson avec les Bantous.

Victor Bivihou

Mars 2016

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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com