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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 14:46

(CRP/Syfia) Au Centre hospitalier et universitaire (CHU) de Brazzaville, Norcely Makela conseille et soigne avec bienveillance les femmes séropositives enceintes. La sage-femme se dit déterminée à lutter contre les préjugés.

Assise dans son bureau modestement équipé, Norcely Makela, 31 ans, mariée et mère de trois enfants, a les yeux rivés sur un dossier médical. Vêtue d'une blouse rose, elle nous reçoit, courant juin, après la consultation gynécologique d'une patiente, venue pour un test de grossesse. Depuis 2015, Norcely est sage-femme au centre de traitement ambulatoire (CTA) du centre hospitalier universitaire (CHU) de Brazzaville.

Elle s’occupe des femmes séropositives enceintes qui viennent ici se faire consulter. Elle ne les aide pas ensuite à accoucher, mais, à leur demande, peut être présente ce jour là. Elle assure également le suivi post-accouchement des bébés avec trois tests à réaliser à un mois et demi, entre 9 et 12 mois, puis à 18 mois.

Pour Norcely, être au chevet des mamans séropositives et de leurs enfants est un libre choix, voire une mission : « Après ma formation à l'Ecole paramédicale et médico-sociale de Brazzaville, j'ai vu, impuissante, lors de mes stages en obstétrique, des sages-femmes tripler les gants pour un toucher vaginal de ces femmes et tenir des propos déplacés dès que la fiche portait la mention 'PTME' (programme de prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant, Ndlr).» Le dépistage positif, en 2008, d'un membre de sa famille a renforcé sa détermination à combattre les préjugés.

Les enfants : "la force de continuer à vivre !"

Depuis qu'elle est en poste, Norcely reçoit les séropositives en consultation du lundi au vendredi. « Je les interroge et je fais différents examens pour m'assurer qu'elles sont enceintes. Je vérifie ensuite leur charge virale. Une fois la grossesse confirmée, les consultations prénatales débutent une fois par mois jusqu'à l'accouchement », résume-t-elle. Un suivi que Norcely prend à coeur : « Je les exhorte à respecter leur traitement (antirétroviraux ARV, Ndlr) avant et à la naissance de l'enfant, ainsi qu'à suivre nos conseils sur l'alimentation et l'allaitement. »

A ce jour, Norcely a déjà accompagné une centaine de femmes enceintes, dont 80 accouchements réalisés grâce au PTME. Ce programme permet de concevoir un enfant sain, dès le dépistage de la maladie, à partir de différents tests, d'un suivi rapproché de la mère et de l'enfant, d'un traitement adapté et de différentes précautions. Le PTME a commencé entre 2002 et 2005 à Pointe-Noire, puis, à partir de 2006 à Brazzaville, avec l’aide de la Croix rouge française et en partenariat avec l'Union européenne. A ce jour, 700 naissances ont ainsi été enregistrées, avec seulement deux échecs dus à des patientes qui n'ont pas bien suivi leurs traitements.

Maguy*, 38 ans, a conçu "un enfant PTME". Elle apprécie ce programme : « Dès le premier entretien, vous avez la garantie d'un accouchement assuré. Grâce aux différents conseils, les femmes mènent à bien leur grossesse.» Donner la vie, une libération pour cette autre séropositive, mère de trois enfants : « Avoir des enfants (en bonne santé, Ndlr) fait de vous une personne correcte. Cela vous donne la force de continuer à vivre !, confirme-t-elle avant d’ajouter, à propos de Norcely. Je la prénomme 'maman Doudou' pour sa douceur. Quand elle vous reçoit, elle vous donne le courage, la force d'affronter la réalité. ».

Former et sanctionner

Une réalité souvent cruelle pour ces femmes qualifiées de « danger de mort » dans certains blocs d’accouchement. « On m'a traitée de 'femme sans avenir' dans un centre de santé ! », déplore l'une d'entre elles. Une membre de l'Association Aide de Vie (A2V) témoigne à son tour : « Enceinte de mon enfant, j'attendais désespérée l'appel de la sage-femme. A chaque fois, elle mettait ma fiche à l'écart. N'en pouvant plus, j'ai changé d'hôpital, sans dévoiler mon état sérologique...» Des discriminations courantes, selon Norcely : « Au bloc l'année dernière, certaines sages-femmes m'ont regardée de travers quand j'y ai accompagné une séropositive... » Même s'il n'a pas encore été amené à renvoyer un membre de son équipe pour ce genre de comportements, le Dr Merlin Diafouka, directeur du CTA de Brazzaville, se dit prêt à sévir : « Si des plaintes me parviennent, j'avertirais l'auteur de cet acte. En cas de récidive, une sanction s'imposera ! »

A l'opposé de ces préjugés, Norcely Makela s'investit à fond pour les séropositives. Elle ne s'arrête pas aux consultations gynécologiques et prénatales. Une fois par semaine au CTA, elle anime un groupe de parole, pour partager les expériences. « J’informe les jeunes filles en âge de procréer, les couples séropositifs et les couples discordants (un seul des conjoints est séropositif, Ndlr) sur le programme PTME », explique-t-elle.

Bien que ses amis lui demandent d'être plus prudente (« attention, tu risques de te faire contaminer ! »), Norcely, soutenue par son mari médecin, poursuit son combat contre les discriminations : « A l'avenir, je souhaite davantage former le personnel soignant sur les modes de transmission du VIH, ignorés par de nombreuses personnes... »

*Prénom d’emprunt

Flore Michèle Makoumbou

Juin 2016

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Published by Syfia Congo Brazza
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com