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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 20:42

(CRP/Syfia) A Dolisie, chef-lieu du Niari, des jeunes femmes sans emploi font du porte à porte pour proposer de laver des habits. Elles gagnent ainsi leur vie et rendent de précieux services, mais sont encore mal considérées.

« Il nous est arrivé de passer des jours sans manger. Nous n’avions pas d’argent pour acheter le savon, ni le pétrole pour la lampe. En cas de maladie, nous n’avions aucun moyen d’avoir des médicaments… J’ai donc décidé de passer de maison en maison pour proposer de faire la lessive et recevoir quelques sous en retour », se souvient Vane Cyrielle Ngonet. Cette jeune femme dans la vingtaine, mère de trois enfants, n’avait auparavant aucune activité, car elle a arrêté ses études en CE1.

Comme Vane Cyrielle, à Dolisie, chef-lieu du Niari, depuis près de trois ans, une trentaine de jeunes femmes désœuvrées, parfois mères à charge, choisissent cette activité qui ne demande pas d’investissement au départ. Il suffit d’une bonne dose de courage et de ne pas avoir peur des efforts physiques. En effet, c’est le client qui fournit l’eau, de même que le détergent ou le savon pour la lessive. Une opportunité aussi, pour les habitants qui, pour certains, n’ont plus assez de temps pour laver beaucoup d’habits.

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« Je ne pouvais plus rester toute la journée à la maison affamée avec les enfants. J’ai donc décidé de demander à laver des habits sales pour avoir de l’argent au lieu de me prostituer comme font d’autres filles », avance Nina Boukandou, la vingtaine et mère de quatre enfants. Nina, qui avait avant cela tenté de vendre du manioc, sans succès, précise modestement : « Voici deux ans que j’exerce cette activité. Les recettes journalières me permettent de temps en temps de résoudre certains problèmes familiaux. »

10 fois moins chères

Ces blanchisseuses ambulantes sont payées au nombre d’habits à laver (entre un et vingt). Le premier prix commence à 1 000 Fcfa (1,50 €). Généralement, les tarifs sont à débattre, mais à la fin du mois une blanchisseuse peut gagner « au moins 60 000 Fcfa (plus de 90 €) », confie Grace Mabiala, mère de trois enfants, qui s’est lancée dans cette activité il y a deux mois.

Pascal Mbou, journaliste à la Radio du conseil départemental du Niari (RCDN) et client de ces blanchisseuses, apprécie leur courage : « Elles sont différentes des autres et cherchent des moyens pour se prendre en charge. La femme qui m’a lavé les habits le matin en a repassé quelques-uns le soir même pour 3 500 Fcfa (5 €) .C’est un travail rapide, taxé à un prix abordable. C’est pourquoi j’ai l’habitude de solliciter leurs services. »

Dans les pressings de la place, la différence de tarifs est en effet importante. « Nous taxons 500 Fcfa (0,75 €) la chemise et 1 000 Fcfa le pantalon pour la lessive. Le repassage de la chemise est fixé à 300 Fcfa et le pantalon à 1 000 Fcfa », énumère Parfaite Louzolo, agent d’un pressing de Dolisie. Ici, les tarifs ne se discutent pas et chaque habit se facture à l’unité. Résultat : les prix sont en moyenne 10 fois plus chers que ceux des blanchisseuses ambulantes.

Insultes et préjugés

Leur travail est donc apprécié des clients. Pourtant, dans certaines maisons, elles sont toujours mal reçues. « Je regrette que certains insultent ma compagne. Ils la considèrent comme une personne sans valeur. Malgré l’immensité de la tâche qu’elle effectue, souvent, ils rabaissent les prix. Et, finalement, ce n’est qu’après s’être querellée avec eux qu’elle reçoit son argent… », déplore Prince Amour, amant d’une de ces blanchisseuses. Même les plus instruits ont encore des réticences. A l’image de Jean Rufin Dibala, enseignant d’anglais : « Il n’est pas normal de donner les draps avec lesquels je passe la nuit avec ma femme ou bien mes propres habits à une étrangère. En Afrique, on est capable de vous détourner le mari sous l’effet des fétiches ! »

Pour sa part, Faustin Kwanda, directeur de l’Office national d’emplois et de main d’œuvre (Onemo) du Niari, a un autre regret : « Ces lingères ne sont pas enregistrées au niveau de notre direction. Si elles le faisaient, nous pourrions bien regarder leur situation. » Un frein à leur épanouissement économique selon lui, car les personnes qui s’enregistrent auprès de l’Onemo sont en effet prioritaires quand des sociétés lancent des appels à candidatures à l’emploi. De son côté, Angélique Nzahou Tsimbi, directrice départementale de la Promotion de la femme au Niari, affirme, sans donner plus de détails, « encourager ce genre d’initiatives qui procure une autonomie aux femmes. »

Pascal Mbou souhaiterait que cet engagement soit encore plus concret : « Cette direction départementale devrait voir comment les regrouper, leur trouver quelques machines à laver et un siège pour leur éventuelle association. Cela leur donnerait la chance de montrer ce qu’elles ont l’habitude de faire. » Un vaste chantier puisque, pour le moment, chaque blanchisseuse a plutôt tendance à travailler dans son coin...

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Max Ferhynel Poudi

Août 2016

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Published by Syfia Congo Brazza
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com