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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 07:18

(CRP/Syfia) A Ignié, dans le département du Pool, à environ 45 km au nord de Brazzaville, les femmes se disent délaissés par leurs époux. Elles affirment même les avoir remplacés comme chefs de familles. Elles ont dénoncé cette fuite de responsabilités au cours d’un débat communautaire.

« Quand un homme épouse une femme, celui-ci a l’obligation de la nourrir, de l’habiller, de la soigner et de la soutenir dans ses projets ! », lance Georgine Batoukeba, secrétaire au comité du quartier Ngakouba, à Ignié (département du Pool). Elle fait ainsi implicitement référence au Code de la famille congolais (article 167) : « Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours, aide et assistance (…) ».

A Ignié, à environ 45 km au nord de Brazzaville, ces engagements ne semblent pas respectés au quotidien par une majorité d’hommes. Georgine est catégorique : « Les femmes ne comptent plus sur leurs époux ! Elles s’occupent de la popote, payent parfois les frais d’écolage de leurs enfants et prennent soin d’elles ! » Elle a affirmé ceci lors d’un débat communautaire sur : « comment sont perçus les droits de la femme à Ignié ». Un débat organisé fin août dernier par le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).

Débat animé en lingala par Viviane Bonaventure Nkoua et Hortense Nathalie Ngatsongo, deux journalistes du projet « Journalistes, associations et autorités locales contribuent à un meilleur respect des droits de femmes rurales pour lutter contre la pauvreté ». Gaston Elbi Enkari, coordonnateur dudit projet, financé par l’Union européenne et piloté par le CRP en partenariat avec Syfia International, a supervisé les échanges.

Se battre seules, comme les Kinoises !

A partir d’anecdotes, témoignages et expériences, la trentaine de participants (parmi lesquels seulement deux hommes) ont pointé du doigt les époux qui fuient leurs devoirs dans le foyer. « Lorsqu’une femme entreprend une activité, l’homme lui laisse toutes les responsabilités à assumer : nourriture, ordonnances médicales, etc. », a laissé entendre Galebéya Zizi, membre de l’Association Ignié développement (AID). Des propos appuyés par Rose Mantsiba, présidente du Groupement des éleveurs et maraichers de Mouto : « L’homme devrait travailler pour sa femme et prendre en charge ses besoins, mais la réalité est toute autre… »

Loin de se morfondre, la femme d’Ignié apprend tant bien que mal à se battre seule, suivant parfois l’exemple du Congo voisin. « Avant, nous nous moquions des Kinoises (ressortissantes de Kinshasa en RDC, Ndlr) qui prennent soin de leurs ménages et nourrissent leur petite maisonnée. Mais, chez nous aussi, les hommes ne veulent plus prendre leurs responsabilités en tant que chefs de familles !», a regretté Opportune Bouba.

Pendant le débat, Georgine a pris un exemple : « Les hommes nous prennent pour leurs travailleurs. Ils ne te donnent que 6 000 Fcfa (9 €) pour acheter les tubercules et démarrer ton commerce de manioc. Et, ensuite, ils ne comptent que sur ton portefeuille pour faire face aux dépenses ! » La secrétaire au comité du quartier Ngakouba a ensuite affirmé se retrouver parfois face à des femmes démunies qui n’ont même pas de quoi acheter leurs sous-vêtements… « Et quand le soir arrive, leurs maris veulent quand même avoir des rapports sexuels et exigent qu’elles leur fassent à manger le matin. Quand les femmes refusent, les hommes trouvent une maîtresse…», a-t-elle déploré.

« Avec son autorisation »

Adolphine Ndinga, maraîchère en agriculture biologique, a partagé la même conviction : « Nous sommes mal traitées. Quand ils remarquent que nous avons un peu d’argent, les hommes se déchargent de toutes leurs responsabilités ! » Une attitude qui oblige de plus en plus les femmes d’Ignié à devenir chefs de familles comme l’a résumé Milandou Geralde, membre de l’Union des forces démocratiques (UFD, un parti politique) : « La femme est devenue l’homme et l’homme est devenu la femme ! »

En réponse à ces nombreuses plaintes et critiques, Jules Tsiba, exploitant agricole membre de la plate-forme Production, transformation et commercialisation (Protracom), a reconnu : « Les femmes ont quelque part raison… Il a fallu l’intervention des Affaires sociales pour que l’ex-mari de ma sœur lui accorde une petite pension. Et, quand il fallu établir l’acte de naissance pour leur bébé, nous avons aussi été obligés de le harceler ! » Dans son foyer, Jules a affirmé « faire le point de la vente avec mon épouse. A partir de là, j’effectue les dépenses. Et, quand je fais le marché, c’est avec son autorisation. »

Egalement présent au débat, Pierre Vinzou, membre de l’AID, marié et père de huit enfants, a témoigné : « Il y a trois mois, avant que je ne démissionne de mon poste, je gagnais 70 000 Fcfa (moins de 110 €) le mois. A l’époque déjà, il était difficile pour moi de prendre entièrement soin de mon épouse, même si j’en avais envie... » Depuis, Pierre n’a pas encore retrouvé un emploi et est à la charge de sa femme. Comme dans beaucoup de foyers à Ignié, c’est madame désormais qui donne l’argent de la popote et prend soin de la famille...

Annette Kouamba Matondo

Septembre 2016

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Published by Syfia Congo Brazza
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com