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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 08:28

(CRP/Syfia) Dans le département du Kouilou, au village de Mboukou (50 kilomètres de Pointe-Noire), peu de femmes osent revendiquer leurs droits. La faute aux pseudos-traditions et aux lois qui accordent des pouvoirs disproportionnés à l’homme.

« Un jour, mon mari m’a violemment frappée et je me suis blessée. Je n’ai pas osé le dénoncer. Ni au chef du village, ni à la police. J’avais peur que mes parents et ceux de mon époux me fassent des reprochent… Le mari a toujours raison dans nos traditions ! », se plaint Caroline*, dans la quarantaine.

Comme elle, bon nombre de femmes de Mboukou, localité située à environ 50 kilomètres de Pointe-Noire, se disent résignées face aux multiples violations de leurs droits. François Makosso, le chef du village, dit donner des conseils et organiser des médiations entre conjoints. Toutefois, en dehors des amendes, il affirme n’avoir aucun pouvoir coercitif. Raison pour laquelle il compte sur la police qui vient d’installer un poste dans le village pour punir plus sévèrement les maris violents.

Adultère : deux poids, deux mesures

Autre forme de violence : l’adultère. « Même si tu surprends ton mari en flagrant délit, tu ne dois pas le dénoncer publiquement ! Dans nos traditions, l’homme a le droit de prendre autant de femmes qu’il veut… », souligne Odette Goma, une parlementaire, la soixantaine révolue, résidant à Mboukou.

Une domination érigée en principe dans le Code pénal congolais (article 336) qui « punit  d’au moins 3 mois d’emprisonnement et d’au plus 2 ans une femme qui commet l’adultère ». Pourtant, l’article 337 de ce même Code ne condamne un mari convaincu d’adultère qu’à une amende à payer à sa femme allant de 24 000 à 480 000 Fcfa (35 à 730 €). Une injustice flagrante aux yeux de plusieurs ONG, comme l’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH) et l’Association des femmes juristes du Congo.  

Pour Odette Goma, «lorsque la femme est reconnue coupable d’adultère, c’est tout un drame (pour le mari qui ne supporte pas d’être trahi, Ndlr) ! Elle devient la risée de tout le monde au village et, en vertu de nos traditions, l’homme qui a commis l’adultère doit réparer la faute en payant une forte amende au mari trompé. »

Selon François Makosso, depuis 5 ans qu’il dirige le village, son comité a réglé au moins trois cas d’adultère. Les montants des amendes varient de 150 000 et 400 000 Fcfa (230 et 610 €) selon que la femme est mariée ou pas. Autre paramètre : la valeur de la dot. « Une femme pour laquelle le prétendant a dépensé 1 million de francs Cfa (plus de 1 500 €), le montant de l’amende peut aller jusqu’à 400 000 Fcfa », explique-t-il. De son côté, le mari volage doit verser à son épouse trompée des amendes et divers cadeaux (bijoux, pagnes, etc.).

Dénoncer pour s’émanciper

Mais, les femmes semblent résignées à dénoncer les infidélités de leurs maris…. « C’est vrai, c’est choquant ! Mais, la coutume est ainsi faite... Imaginez-vous que l’une d’entre elle prononce le divorce à cause de cela, elle perdra alors toute crédibilité auprès de ses parents, car la coutume et même le Code de la famille (articles 135 et 136) permet à l’homme d’avoir plusieurs épouses », fait remarquer François Makosso. Il poursuit, à propos d’une autre violence faites aux femmes : « La Justice peut accorder à une veuve la jouissance des biens laissés par son mari, mais celle-ci risque de vivre alors des choses étranges relevant de la sorcellerie. Consciente de cela, certaines veuves préfèrent laisser tomber pour sauvegarder leurs vies... »

Pour Georges Nguila,  chef d’antenne de l’OCDH au Kouilou et auteur de « La Justice et les droits de l’homme au Congo » (2014), « tout ceci montre à quel point la tradition garantit peu les droits de la femme. Et même dans le droit positif (lois, Ndlr), il y a cette tendance à la discriminer. »

Une réalité dont l’administration locale semble consciente. « Effectivement, nos sœurs continuent de faire les frais de nos us et coutumes. Mais, la coutume ne saurait être au-dessus des lois que nous avons tous votées ! », prévient Mergelline Ndombi-Bouya, chef de service à la direction départementale de la Promotion de la femme du Kouilou. Elle invite donc les femmes à se confier à sa direction quand leurs droits sont violés : « Aussi longtemps qu’elles ne le feront pas, elles subiront le martyre et ne s’épanouiront jamais ! »

*Prénom d’emprunt

John Ndinga-Ngoma

Décembre 2016

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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com