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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 15:23

(Syfia/CRP) À Brazzaville, ces dernières années, les personnes handicapées seraient trois fois plus nombreuses à vivre du commerce transfrontalier avec Kinshasa. Bénéficiant de certaines facilités de la part des autorités, elles servent aussi d’intermédiaires aux commerçants valides.

 

Au Beach de Brazzaville, le Matadi, battant pavillon de la République démocratique du Congo et en provenance de Kinshasa, vient d’accoster. Il est 11 heures. Le port est noir de monde. Passagers, commerçants, bagagistes se bousculent. Certains pour décharger les marchandises, d’autres pour en charger, d’autres encore pour embarquer, car le bateau va repartir. Non loin de là, les policiers aux aguets interpellent certains passagers qu’ils soupçonnent ne pas être en règle. Les douaniers, eux, surveillent la sortie des colis.

L’avenue Albert 1er, qui conduit au port, grouille également de monde. Les commerçantes et les petits vendeurs à l’étalage s’y approvisionnent. Dans cette foule affairée, on remarque un grand nombre de handicapés. Sur les trottoirs, ceux d'entre ces derniers qui n’ont pas fait la traversée du fleuve achètent en gros des marchandises auprès de leurs collègues. Une fois leurs tricycles chargés, plusieurs d’entre eux regagneront les grands marchés de la ville pour écouler leurs produits, aidés par de jeunes valides.

Certains handicapés viennent de Kinshasa écouler leurs produits et s’approvisionner avant de retourner chez eux pour y vendre d’autres marchandises. D’autres, Brazzavillois, font le chemin inverse. Le visage en sueur, Bembé Cyr, est commerçant au Beach de Brazza depuis 8 ans : "Je fais le commerce du savon, des biscuits et des détergents", détaille-t-il. "J’achète mes produits ici au Beach, je les mets sur mon tricycle et je vais les vendre au marché de Ouenzé (un arrondissement de Brazzaville, Ndlr)", témoigne de son côté Maker.

 

Traitement de faveur

Le nombre de commerçants handicapés au Beach est estimé à 150, alors qu’ils étaient moins d’une cinquantaine il y a quelques années, selon Michel Malonga, président de l’Association des handicapés du Beach de Brazzaville. Cette association facilite les relations entre ses adhérents et les autorités portuaires. Elle négocie les taxes, gère le manifeste des handicapés à chaque traversée et veille à leur sécurité. Pour ces autorités, en dehors d’une loi de 1992 qui porte statut, protection et promotion de la personne handicapée, aucun texte n’accorde d’avantages précis à ces commerçants. Elles estiment cependant ne pas pouvoir leur demander de payer pour leurs produits exactement les mêmes taxes que les valides. "Certains handicapés n’achètent la marchandise qu’en petite quantité, afin de survivre. C’est du commerce informel", déclare un douanier. "Ils payent toutes les taxes requises s’ils ont des produits manufacturés, des boîtes de conserve ou des produits cosmétiques qui ne viennent pas directement de Kinshasa (de France, du Maroc, etc, Ndlr)", souligne une autorité portuaire qui a demandé l’anonymat. Une réalité confirmée par Michel Malonga, commerçant handicapé. Au final, pour un carton de savons en provenance directe de Kinshasa, un handicapé, qui aura auparavant bénéficié d’un demi-tarif pour faire la traversée, payera 1 000 Fcfa (1,5 €) de taxes là où un valide devra débourser en moyenne trois fois plus.

 

Tout le monde y gagne

Grâce à ce traitement de faveur certains handicapés gagnent confortablement leur vie. Un vendeur de pagnes affirme par exemple faire plus de 400 000 Fcfa (610 € environ) de bénéfices certains mois. "Cette activité me permet tout juste de me nourrir avec mes enfants et de payer le loyer. Je n’aime pas faire la courbette, donc je m’applique dans mon commerce", relativise Cyr. Une autonomie qu’apprécie Blanchard Makosso, secrétaire général de l’Union nationale des associations des personnes handicapées du Congo (Unhaco) : "La personne handicapée a aussi les capacités d’exercer cette activité qui fait d’elle un acteur de la société civile."

Les valides profitent eux aussi de ce dynamisme. Faute de moyens pour monter leur propre activité, certains handicapés vendent en effet les produits de ceux-ci et sont payés en conséquence. D’autres transportent les marchandises des commerçants valides, du Beach vers les magasins de ces derniers. "Après les avoir déchargés du bateau, nous les confions à nos frères handicapés qui ne subissent pas les mêmes tracasseries que nous. Ils nous les transportent jusqu’aux marchés et là nous les payons", explique Makou, une commerçante valide. La rémunération de la personne handicapée est négociée à l’amiable.

Malgré cette bonne entente, certaines associations déplorent un manque de soutien. "Il faudrait que l’État mette en place une commission spéciale", suggère le président de l’Association des handicapés du Beach. Selon lui, cette commission permettrait notamment de réfléchir à la création d’emplois en faveur de ces personnes. En attendant, elles continueront à lutter pour vivre et à commercer entre Brazzaville et Kinshasa.

 

 

Staël Enkari

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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com