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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 15:26

(Syfia/CRP) Au Congo Brazzaville, de plus en plus de femmes battues, qui vivent un enfer quotidien, osent briser les tabous familiaux et porter plainte contre leurs maris. Des associations, appuyées par les autorités, les aident à se reconstruire.

 

"J’ai rencontré Julien il y a deux ans dans une bibliothèque. Comme moi, il avait une passion pour les livres. Nous nous sommes mariés. Puis, il a plongé dans la boisson sans que je puisse faire grand-chose. La fusion des premiers jours a fait place aux disputes, aux injures, aux coups et aux humiliations", se souvient douloureusement Jeannine, dans la vingtaine, les yeux fixés sur le sol. "Marc, mon mari, entretenait une relation avec une autre femme. Un soir, je suis allée la voir. Mon époux a débarqué et m’a tabassée. Sans l’intervention des voisins, je serais morte. Un soupçon de paix est ensuite revenu dans notre cocon. Marc a pleuré et s’est excusé. Je croyais qu’il avait changé, mais deux semaines plus tard, les disputes, les blâmes et les bastonnades ont repris", raconte Michelle.

Au Congo Brazzaville, en 2008, selon l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH), plus de 2 000 femmes étaient chaque semaine battues par leurs maris. S'appuyant sur des statistiques de la Banque mondiale, l’ONG Amnesty International, estime qu'une femme sur cinq dans le monde est ou a été victime de violences physiques ou d'agressions sexuelles, le plus souvent commises par des membres de sa famille, de sa communauté ou de son employeur. Au Congo comme ailleurs, les mentalités peinent à évoluer et certains hommes estiment toujours que battre sa femme est un acte d’amour ou un juste moyen de réprimander son partenaire. Il n’y a pas si longtemps, il était hors de question de parler de ces violences à l’extérieur du foyer. "Laver le linge sale en public était strictement interdit. Cela remettait en cause l’honneur de toute une famille qui devenait la risée du quartier. Dans le secret, on conseillait le couple et on demandait à la femme de se rapprocher de sa belle-famille en cas de récidive", reconnaît maman Angélique.

 

Les mentalités évoluent

Aujourd’hui, débarrassées du poids de la tradition, certaines osent briser le mur du silence. "Ces femmes nous arrivent dans un état lamentable. Il leur faut du temps pour s’ouvrir et parler. Elles se reconstruisent petit à petit, grâce aux différentes réunions où elles prennent la parole", explique Bertin Nimi Batotoula, de l’Association génération sans risque, une ONG qui les prend en charge médicalement et psychologiquement et les oriente vers les cliniques juridiques et la gendarmerie. "Un homme qui bat sa femme n’est pas moins coupable qu’un homme qui agresse un inconnu. Pour changer les mentalités, il faut que les auteurs de ces crimes soient punis", soutient M. Bertin.

De plus en plus de femmes, surtout celles qui sont plus indépendantes financièrement et connaissent mieux leurs droits, osent désormais poursuivre leurs maris en justice. Mais, les pressions familiales restent très fortes. "À la suite d’une horrible dispute, mon mari m’a fracturé la main. J’ai décidé de porter plainte contre lui. Je suis allée trouver ma mère qui m’a conseillé de garder le silence. Elle m’a rappelé que, sans son aide, mon frère ne serait pas en France pour ses études. Mon mari était le porte-monnaie de ma famille, moi à côté je pouvais mourir... J’étais désespérée. Même ma meilleure amie m’a traitée d’ingrate", poursuit Jeannine, au bord des larmes. Aujourd’hui, en attendant le divorce, Jeannine vit chez son père. Ce dernier l’a accueillie après qu’elle ait tenté de se suicider. D’un commun accord, les deux familles ont décidé de la séparer de son époux qui devenait de plus en plus violent.

Toutes les plaintes n’aboutissent pas. Loin de là. Les condamnations sont très rares et se résument, la plupart du temps, à des emprisonnements d’une semaine à un mois et à des amendes. "Sur dix plaintes enregistrées, seul quatre arrivent au tribunal. Mais, les femmes prennent de plus en plus conscience que la violence à leur égard est un acte condamnable (et condamné par la loi, même s’il n’existe pas de loi spécifique sur les violences à l’intérieur d’un foyer, Ndlr). Elles sont les seules à pouvoir dénoncer leurs agresseurs", souligne le maréchal des logis Ida Reine Mankou, de la gendarmerie nationale. Entre le 22 mars et 13 avril 2009, soit en moins d'un mois, la gendarmerie a ainsi enregistré 100 plaintes de femmes. "On assiste à un changement de mentalité des hommes. Après un arrangement ici ou au tribunal, les couples ne reviennent plus. On suppose que tout marche à présent", ajoute Ida Reine Mankou.

 

"Enceinte de ce monstre"

Ce n’est malheureusement pas toujours aussi simple et se reconstruire après pareil traumatisme prend généralement du temps. " Aujourd’hui, je suis divorcée de Philippe et je vis seule avec mon fils. Je ne suis pas prête à me remettre en couple. Je continue à faire des cauchemars. Le psychologue me dit que je vais guérir avec le temps, mais c’est une page de ma vie que j’aurai du mal à tourner", explique, par exemple, Magali, qui, pendant quatre ans, a vécu un véritable enfer. Hospitalisée à de nombreuses reprises après avoir été battue par son mari, elle a finalement porté plainte, soutenue par une amie, quand elle a su qu’elle était "enceinte de ce monstre".

"Mon compagnon m’a promis de se venger et de récupérer son fils. Mais le fait d’avoir osé parler et vivre sans lui m’a libérée de mes angoisses", se félicite pour sa part Murielle, séparée depuis quatre mois. Elle qui vivait en union libre, savoure aujourd’hui, seule, une vraie liberté retrouvée.

 

 

Annette Kouamba Matondo

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Published by Syfia Congo Brazza
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com