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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 15:51

(Syfia/CRP) Plus question de rapports sans préservatifs. Les professionnelles du sexe de Pointe-Noire ont pris conscience des risques de leur métier, en particulier du sida, grâce à l'association créée par plusieurs d'entre elles. Aujourd'hui, elles se montrent intransigeantes avec leurs clients, quelque soit l'argent qu'ils proposent.

 

Agée de quarante cinq ans, elle est célibataire et mère de six enfants dont elle ne connaît pas les pères, des clients de passage. Cette dame, qui a requis l'anonymat, vit actuellement au quartier Rex à Pointe-Noire. Elle est professionnelle du sexe depuis 1990 et reçoit chez elle, ou loue une chambre. Les enfants vivent ailleurs, car "il faut leur épargner ce vilain spectacle", dit-elle. A raison de 500 Fcfa la passe, elle gagne plus de 80 000 Fcfa par mois ce qui lui permet de joindre les deux bouts. Elle n'est pas gênée de parler de son métier. "Certains de mes parents le savent. Il n’y a pas de honte. La vie est un choix. Il suffit dans la pratique de son travail d’éviter les dangers", estime-t-elle.

Le premier danger qu’elle redoute est le sida. "Nombre d’entre nous ont quitté cette terre à cause de ce métier. Et la première cause de ces décès est bien le VIH/SIDA. Mes collèges n’ont pas été prudentes : elles pratiquaient des rapports non protégés et se livraient aux plus offrants", explique-t-elle.

Le franc-parler de cette femme est bien à la mesure de son expérience qui lui a permis de créer, en 2003, l’Association Cœur de l’océan (ACO). Celle-ci regroupe 58 professionnelles du sexe en activité. Pour leur parler, il faut passer par de nombreux intermédiaires, dont des agents de l’Unité départementale de lutte contre le Sida (Udls), branche locale du Conseil National de Lutte Contre le Sida (Cnls). ACO n'a pas de siège officiel. Tout se décide au domicile de "mère supérieure", expression utilisée affectueusement par les membres pour désigner la dirigeante d’ACO, enregistrée comme une mutuelle d’entraide de femmes démunies.

 

"Pas de passe sans condom !"

Depuis 2003, les femmes d'Aco sensibilisent les prostituées de Rex et d’autres quartiers de la ville sur les dangers de pratiquer des rapports sexuels de "manière naturelle" comme disent certains clients. "La vie est trop belle pour la perdre à cause de l’argent" est leur slogan. Elles parcourent la centaine de sites (bars, hôtels, etc.) fréquentées par ces femmes qui seraient une centaine, selon l’étude de décembre 2008 menée par le Cnls, 2823 à Brazzaville et à Pointe-Noire. Aco passe chez elles et organise des réunions, distribuant au passage quelques préservatifs. "Sensibiliser les collègues prostituées sur les infections sexuellement transmissibles, leur donner le bien fondé des méthodes contraceptives et bien entendu les exhorter à renoncer à ce métier qui nous exclut, qui nous dépouille de la dignité humaine", tels sont leurs objectifs, explique "mère supérieure".

Aujourd'hui nombre des 1634 prostituées (1108 mobiles et 526 fixes) recensées à Pointe-Noire jurent par le slogan de l'ACO. "J’ai fini par comprendre l’importance de ce message le jour où nous avons été édifiées sur les modes de contamination du Vih/sida. Actuellement, quels que soient les millions de Fcfa qu’on peut me proposer pour la passe sans préservatif, je n’accepterai jamais. Je l’ai fait par le passé, dans l’ignorance, maintenant ça suffit", déclare Niclette, 20 ans, mariée et mère d’une fillette, "autorisée" à se prostituer par son conjoint… Cette jeune dame, venue de Kinshasa il y a deux ans, est une des prostituées mobiles, appelées "rôdeuses" ou "tchouk meso".  Pour celles-ci, la prostitution est "un boulot de transition vers le bien-être tant souhaité", selon Blanche, 15 ans qui nuance : "Mais, qui veut arriver au bonheur doit se protéger et être prudente."

Le constat fait par les clients étaye ce changement d'attitude. "Aujourd’hui, toutes craignent le sida et obligent au port du préservatif, constate dépité Albert, agent d’une société de gardiennage. Ce qui ne nous arrange pas en tant que clients, car nous sortons pour faire de nouvelles découvertes ce qui est impossible avec des préservatifs."

Mais d'autres problèmes demeurent. "Nous préserver ne suffit pas, estime "mère supérieure". L’essentiel, c’est d’abandonner. Il y a bien des collègues qui rêvent de renoncer à la profession du sexe. Mais, à mon avis, aucune n’y est prête vu les conditions de vie."

Du côté des pouvoirs publics, rien ne semble fait pour les aider. "Nous les cherchons, explique cependant Anne Marie Mampouya Nkouka, directrice départementale de la promotion de la femme. Nous allons jusque dans les quartiers dits des prostituées comme Rex. Mais elles ne se manifestent jamais. Pourtant, elles ne devraient pas se gêner, parce qu’il s’agirait pour nous de regarder comment favoriser leur réinsertion sociale."

 

John Ndinga-Ngoma

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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com