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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 07:56

(Syfia/CRP) Brillante au lendemain de l'indépendance du pays, la musique du Congo Brazza est aujourd'hui plombée par la piraterie des œuvres et le manque d'inspiration des artistes. La riposte s'organise, tant bien que mal.

 

"Je ne peux plus produire un musicien. Quand je le fais, c'est quelqu'un d'autre qui s'enrichit en multipliant frauduleusement la cassette." Le moral en berne, André Mabélé, gérant d'une maison d'édition de disques de Brazzaville, explique comment la contrefaçon plombe la musique congolaise, 50 ans après l'indépendance du pays. "On pourrait vendre 100 000 disques, mais, à cause de la piraterie, on en vend quatre fois moins", confirme Maxime Mfoutou, directeur général du Bureau congolais du droit d'auteur (BCDA). Faute de revenus suffisants, ce Bureau n'a pas de quoi payer convenablement les auteurs. L'artiste Sebas Enemen se plaignait dernièrement à l'Agence congolaise d'information : "En 14 ans de vie musicale, je n'ai perçu aucun franc du BCDA en dehors des 50 000 Fcfa (76 €) de droits. En 2010, j'ai par contre dû lui verser 360 000 Fcfa (près de 550 €)".

 

Vitalité artistique

Ce déclin de la musique contraste avec la vitalité artistique à l'époque coloniale, quand les auteurs évoquaient dans leurs chansons les faits de société ou dénonçaient certains mauvais comportements des cadres. Ils ont ensuite accompagné les premiers pas du Congo indépendant, à l'instar de l'orchestre Les Bantous de la capitale. Ce groupe s'est produit en 1960 au palais présidentiel, devant 17 chefs d'État. "Nous avons ensuite été invités par ces présidents à aller jouer dans leurs pays respectifs, portant très haut la musique congolaise !", témoigne Papa Kourand, un des vétérans du groupe. Au cours de cette décennie, ils ont marqué l'esprit du public africain par leur talent, remportant de nombreux prix lors des premiers festivals culturels de l'Afrique indépendante (Dakar, Alger). 

La Société congolaise de disques, première maison d'édition locale, voit le jour en 1961. Elle emploie alors 15 salariés et permet à des musiciens tels que Nino, Essous ou Moundanda de vivre de leur métier. À sa fermeture en 1983, l'Industrie africaine du disque (IAD) prend le relais. La décennie 1980 est marquée par une autre génération d'artistes qui brillent sur le plan continental, appréciés aussi bien pour les mélodies que pour les messages de leurs chansons. C'est le cas de Pamelo Mouka avec "L'argent appelle l'argent", Kosmos Moutouari avec "Makambo ebandi na mossala" (Les problèmes commencent au bureau), etc. Pendant cette période, atteste le musicien Freddy Kebano, l'antenne locale de la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique), une société française, suivait, collectait et redistribuait régulièrement les droits d'auteurs.

 

"Cet héritage se meurt !"

La fermeture de cette antenne en 1986 met fin à cette source de revenus. Le BCDA qui prend le relais se heurte à une foule de difficultés. D'abord la piraterie : grâce aux matériels électroniques meilleur marché et performants, des faussaires multiplient à tout va cassettes, puis CD et DVD. Vendus trois à cinq fois moins cher que les originaux, ces produits inondent les marchés du pays et de la sous région. Depuis 1986, la Fédération des musiciens congolais (FEMUCO) et le BCDA, appuyés par la police, ripostent en saisissant des articles contrefaits. Ceux-ci sont ensuite brûlés en tas publiquement pour décourager les faussaires. "Près de 600 000 cassettes et CD ont été saisis et détruits entre 2007 et 2010. Certains pirates ont fait la prison ; d'autres ont payé une amende de 500 000 Fcfa (plus de 760 €) pour être relaxés", explique Maxime Mfoutou. Cependant, le succès de cette lutte n'est toujours pas au rendez-vous. Au cours de la décennie 1990, les guerres civiles ont freiné le dynamisme de la musique et permis à certains contrefacteurs de s'armer, ce qui décourage depuis la police et limite les saisies. Cependant, loin de baisser les bras, la FEMUCO recense tous les vendeurs d'œuvres musicales pour agréer officiellement ceux qui acceptent la légalité et élaborer avec eux des mécanismes de contrôle. Les vendeurs non agréés seront, eux, interdits d'activité.

Les amoureux de la musique congolaise ont un autre chantier. D'après les professionnels, depuis le début des années 2000, l'originalité et la créativité qui ont fait les beaux jours des artistes du pays ont en effet laissé la place à des "paroles creuses et obscènes". "La musique se réduit à une imitation du 'coupé-décalé' qui est une mouvance de la musique congolaise réappropriée par des Ivoiriens", selon Saint-Eudes Mfumu Fylla, journaliste. Jetant un regard rétrospectif sur les années glorieuses de la musique nationale, le colonel Moukouami, président de la FEMUCO, ne cache pas son inquiétude : "Cet héritage se meurt !"

 

Jean Thibaut Ngoyi

Août 2010

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Published by Syfia Congo Brazza - dans articles presse
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com