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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 12:22

(CRP/Syfia) Au sud de Brazzaville, une centaine de femmes cassent la pierre dans les carrières de Mafouta et Kombé. Ce travail difficile et risqué pour leur santé leur apporte une petite autonomie financière en attendant des jours meilleurs. Reportage.

 

Sous un soleil implacable, des femmes, éparpillées en groupes, assisses à même le sol, un foulard négligemment noué sur la tête, cassent des pierres dans les carrières de Kombé et Mafouta, au sud de Brazzaville.

 

Au total, elles sont une centaine, en majorité des célibataires chefs de famille. Nécessité obligé, leur nombre a doublé ces trois dernières années. Elles travaillent souvent accompagnées de leurs enfants, malgré les risques de maladies pulmonaires en raison de la poussière. Inlassablement et silencieusement, elles frappent sur la caillasse. Lentement ou rapidement. Toujours concentrées sur leur dur labeur, elles ne voient pas le temps passer.

 

Certaines sont parrainées par des plus anciennes. D'autres découvrent ce métier après avoir déboursé un droit d'accès symbolique (5 000 Fcfa, 8 €) aux anciennes pour travailler sur le site. "Je suis ici parce que mon mari m'a quittée. Il m'a laissée avec les trois enfants. C'est une copine qui m'a emmenée dans cette carrière. Avec ce que je gagne, j'ai pu inscrire un de mes enfants à l'école cette année", se réjouit Mireille 27 ans. Elle travaille sur le site de Mafouta depuis deux ans et gagne environ chaque semaine 15 à 25 000 Fcfa (23 à 38 €).

 

"Pour 2m3, ce n'est pas le jackpot ! C'est même insuffisant par rapport à nos charges...", rouspète mère Suzy, comme l'appellent ses amies de la carrière. Certains enfants qui accompagnent leurs mamans disent eux s'y retrouver financièrement. "J'aide maman, car quand je travaille bien, je reçois ma part lors de la vente", fait savoir Yvette, la quinzaine révolue. Toutefois, ce pénible travail touche notamment à la féminité de ces adolescentes qui développent un physique plus masculin : mains fermes et fortes, épaules et jambes musclées, etc. "Avant, certaines remarques d'hommes me choquaient. A présent, peu importe ce qu'ils pensent de moi. L'essentiel est que je sois à l'abri de la mendicité. Ma famille, elle, m'encourage et ne fait aucune remarque désobligeante sur mon physique", témoigne Raïssa, la vingtaine, casseuse de pierre depuis cinq ans déjà. Elle avoue, cependant, que si elle avait le choix, elle laisserait tomber ce métier pour un autre moins dur.

 

"Quatre bouches à nourrir, aucun droit au repos"

A ses côtés, Anne-Marie, T-shirt trempé de sueur, est visiblement fatiguée. Elle essaie de calmer son nourrisson accroché à son sein. "Il est capricieux. Il veut que je me lève, mais ce n'est pas possible. Je dois terminer ces pierres ce soir", fait-elle savoir à sa voisine. Elle se lève finalement, pleine de compassion pour son bébé. En face d'elle, Effie s'accorde aussi une courte pause pour prendre soin de son enfant. Il est clair que pour elle, si elle trouvait mieux, elle s’en irait vite de cet endroit. Mais, pour l'instant elle y reste, car dit-elle en souriant : "J'ai quatre bouches à nourrir et aucun droit au repos..."

 

La quarantaine, Solange sait son métier "à risques. A la moindre erreur, on a les doigts ou les mains endommagés." De son coté, constate Marguerite, "chaque fois que je rentre à la maison, je suis obligée de prendre des médicaments pour apaiser les douleurs musculaires. Et je bois beaucoup de lait et d'eau chaude pour atténuer les maux de gorge et les quintes de toux." Le professeur Mpeko Félix du service d'anatomie pathologique au CHU de Brazzaville, prévient que ces femmes encourent plusieurs "blessures à répétitions qui peuvent entraîner des traumatismes musculaires ou squelettiques, des hernies, l'arthrite, des rhumatismes, des courbatures chroniques, etc."  

 

En comparaison de ces risques durables pour leur santé, les bénéfices à court terme semblent dérisoires. "Le volume de travail est très élevé par rapport à nos revenus... Ce que nous gagnons passent d’abord dans la santé et la nourriture. Faire des économies est une illusion !",  assure Marguerite, pourtant aidée par ses filles de 16 et 12 ans.

 

La plupart tentent malgré tout de se constituer un petit fonds de départ pour se lancer dans un autre métier, par exemple le commerce. En attendant, les casseuses de pierres continuent leur courageux combat quotidien.

 

Annette Kouamba Matondo

 

Octobre 2014

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Published by Syfia Congo Brazza - dans articles presse
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com