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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 10:35

(Syfia/CRP) À défaut de trouver un métier moins risqué pour leur santé, la plupart des jeunes de Madingou, au sud du Congo Brazzaville, deviennent distillateurs de whisky. En bout de chaîne, les consommateurs se détruisent, eux aussi, à petit feu.

 

Florence, 30 ans environ, prend un tuyau et transvase d'un fût à une bouteille un liquide très chaud. L’opération est délicate. "On ouvre ensuite le couvercle du fût. Une vapeur bizarre s’échappe alors ; elle provoque des maladies pulmonaires. Et, si le couvercle vous tombe dessus, vous êtes gravement brûlé", précise Lionel Mvouala, un distillateur de boganda, à Madingou, dans le département de la Bouenza, au sud du Congo.

Cet alcool local, obtenu par distillation d’un mélange fermenté de farine de manioc et de maïs, doit son nom au premier président centrafricain, Barthélemy Boganda. Dans les années 60, ses premiers distillateurs étaient en effet originaires de ce pays. Ils ont commencé à le fabriquer d’abord au nord du Congo, frontalier de leur pays d’origine, puis à Brazzaville. Certains sont ensuite arrivés à Madingou, où le manioc et le maïs poussent bien. Aujourd’hui, à Brazzaville, on ne distille presque plus, car l'approvisionnement en manioc et en maïs est difficile et coûteux.

Dans la Bouenza, tout le monde ou presque s’improvise distillateur. Quelques-uns ont même leur débit de boisson pour écouler directement leur production. Dans certains quartiers, chaque maison ou presque fabrique cet alcool. Des médecins de l'hôpital de Madingou estiment que cette activité est, après l’agriculture, la deuxième source de revenus des jeunes du coin, scolarisés ou non.

 

"Mieux vaut mourir que laisser ce travail"

Isidore, un distillateur, entend ainsi gagner de l'argent pour apprendre ensuite un autre métier : "Nous vendons l'alcool aux détaillants en dame-jeanne de 10 litres, qui eux l'écoulent en petits flacons (des bouteilles de sirop nettoyées, Ndlr) aux consommateurs. Avec cet argent, certains d’entre nous payent leur loyer ou construisent leur maison." Mais, les jeunes vont généralement vers ce travail faute de mieux… "Ici, l’absence d’emploi fait que même si tu es malade, tu ne peux pas t’arrêter. Nous avons des amis à qui les médecins ont défendu de préparer le boganda, mais ils sont obligés de continuer. Selon eux, mieux vaut mourir que laisser ce travail", assure encore Lionel.

Les ravages sur la santé s’observent aussi chez les consommateurs. Ce breuvage, dont la teneur en alcool dépasse 40°, finit par arriver dans d'autres régions (Pointe-Noire, Sibiti dans le Pool, Brazzaville). Les amateurs de boganda, couramment appelé par les Congolais de Brazzaville et de Kinshasa soupou na tolo (vomi sur la poitrine, en lingala), sont nombreux parmi ceux exercent des métiers physiques. Certains sont conscients des risques qu’ils prennent en l’absorbant, mais n'arrivent plus à s'en passer. "Souvent, j’en prends pour surmonter mes soucis. En réalité, rien ne change…", témoigne Serge.

 

Cirrhoses, ulcères, comportements sexuels à risques…

Le docteur Anicet Moussahou, médecin à l’hôpital de Makélékélé, à Brazzaville, détaille les conséquences désastreuses pour l’organisme : "Ces whiskies, forts en alcool, provoquent notamment des cirrhoses du foie, des ulcères et favorisent les comportements sexuels à risques. Certains consommateurs deviennent agressifs, d’autres carrément fous."

Début août, la mairie centrale de Brazzaville, le commissariat, le ministère de la Justice et celui de la Santé ont procédé à la fermeture d’usines qui fabriquaient des whiskies en sachet. "Un mois et demi après, leur consommation a baissé, mais il nous faudrait aussi surveiller le Beach, car c’est par là que le marché est ravitaillé clandestinement à partir de Kinshasa en RD Congo (autre lieu de fabrication, Ndlr)", fait remarquer le directeur de communication et des actions culturelles de la mairie de Brazzaville.

Aux yeux de Dieudonné Moussala, président de l’Association congolaise pour la défense des droits des consommateurs, cette fermeture n’est qu’un premier pas : "Avec nos jeunes, ce sont nos mains valides qui sont touchées. Cela a des incidences sur notre production et notre développement économique. Nos responsables doivent occuper notre jeunesse pour la détourner de la fabrique et de la consommation de cet alcool."

 

Marien Nzikou-Massala

 

 

 

 

 

 

Octobre 2009

 

 

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Published by Syfia Congo Brazza - dans articles presse
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com