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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 08:02

(Syfia/CRP) À Mayoko, un district du département du Niari, situé à l'ouest du Congo Brazzaville, les jeunes sont de plus en plus attirés par la recherche de l'or. Quelques-uns réussissent. Mais cette quête d'argent présumé facile perturbe gravement le mode de vie traditionnel des habitants. Reportage.

 

Trois jeunes orpailleurs s’activent. Deux ont des pelles en mains. Le troisième tient un seau et verse en cadence de l’eau dans une caisse en bois pour laver le gravier. Tous espèrent trouver le précieux métal jaune. Déterminés, les travailleurs sont peu bavards et changent de rôle de temps en temps. "Nous travaillons par groupes de trois. Quand nous trouvons de l'or, nous le vendons ensemble et partageons l’argent. Un orpailleur peut gagner jusqu'à 50 000 Fcfa (76 €) et plus par jour", assure Vivien, pailleteur depuis 2002. Urbain, devenu orpailleur après avoir quitté les forces armées en 1995, dit gagner mieux sa vie aujourd’hui.

Nous avons rencontré ces hommes en avril dernier, à Loula (une rivière située à 17 km au sud de Mayoko), un district du département du Niari, situé à l'ouest du Congo Brazzaville. L’exploitation du métal précieux dans cette région aurait commencé dans les années 1960. Aujourd'hui, des jeunes, parfois des très jeunes, persuadés de pouvoir gagner de l’argent en un temps record, sont nombreux à tenter leur chance. A Moungoudou nord, en 2010, des enfants âgés de 12 à 14 ans auraient ainsi fait de belles découvertes. "En une semaine, j'ai eu 60 g d'or, soit plus d'un million de Fcfa (plus de 1 500 €)", évalue Blaise. Des sommes importantes qui font tourner la tête de certains. D'autres, comme Aubain, gardent les pieds sur terre : "Avec cet argent, j'ai acheté 12 chèvres que j'ai envoyées à mon père à Mossendjo. Aujourd'hui, j'ai un cheptel de 32 cabris", se félicite-t-il. Selon lui, il prépare ainsi son avenir.

 

Maniocs et élèves rares…

Son exemple reste cependant assez isolé et bon nombre de jeunes ont abandonné les travaux agricoles. C'est pourquoi certains produits deviennent rares et chers et la malnutrition gagne du terrain. "A Mayoko, quand on a la chance de trouver du manioc sur le marché, les gens se précipitent. Il faut en acheter 10 ou plus pour faire une réserve. Le prix de la chikwangue (pain du manioc) est passé de 200 à 300 Fcfa (0,3 à 0,4€). La vie est chère…", témoigne Mme Mareze, mère de quatre enfants. Les denrées locales se raréfiant, les habitants se nourrissent de farine de manioc (foufou) venant de la ville. Légumes, noix de palme, tubercules, ignames, bananes sont également devenus rares. Gina résume ainsi la situation : "La fascination des jeunes pour l'orpaillage et le gain rapide est la cause de nos maux. Nos villages n'ont jamais connu de telles difficultés !" 

Autre conséquence inquiétante de cette ruée vers l'or : le manque d'assiduité des enfants à l'école. Certains, âgés de 7 à 15 ans, vont chercher des pépites le samedi, d’autres y vont le matin et partent seulement en classe l’après-midi, quand ils ne sèchent les cours pas toute la journée... "Ce sont mes amis qui m'ont initié à ce métier. J'y travaille souvent les samedis. C'est grâce à cette activité que j'ai acheté mes fournitures scolaires cette année", se justifie Guy, 14 ans, élève de CE2, rencontré en plein travail. Selon Hilaire Mavoungou, chef du village de Mayoko poste, la plupart des enfants s’intéressent désormais plus à l'or parce qu’ils espèrent ainsi gagner vite de l’argent. "J'ai peur pour leur avenir. Ils sont nombreux à avoir abandonné leurs études…"

Le chef du village s'inquiète aussi de la venue d'autres orpailleurs. Selon lui, il y aurait près de 1 000 Kinois et autres étrangers comme des Camerounais dans la zone. En général, ils travaillent cependant un peu à l'écart pour éviter des tensions avec des nationaux. "Nous venons de la RD Congo. Nous allons à Mayoko exploiter l'or. Nous avons des amis qui nous ont appelés pour cette affaire", expliquait, par exemple, un jeune Kinois abordé dans le train qui fait la ligne Dolisie-Mbinda, localité frontalière du Gabon.

 

"Les autorités doivent réglementer ce travail"

Le plus souvent, l'or reste un travail collectif où chacun joue un rôle précis. Fragonale, chef d’un collectif de jeunes à Mayoko, explique : "Nous menons des actions pour chercher l'or. Une fois que nous le repérons, nous recrutons des jeunes dans le village pour l'exploitation." A Moungoudou nord, on observe la même organisation. "Nous veillons au respect des zones d'exploitation et organisons des campagnes quand il y a beaucoup de pépites. Nous initions des jeunes qui deviennent ensuite de grands orpailleurs", assure Glovani, membre d’un collectif de jeunes pailleteurs de cette localité.

Une organisation qui reste assez rudimentaire et n'empêche pas les gens de se détourner de leurs activités habituelles vitales… Ce qui fait dire à Basile Gandjongo, un chef de service au ministère des Mines et de la géologie à Brazzaville : "Notre identifions les sites, organisons les artisans en coopératives, les dotons en matériels pour qu'ils augmentent leur capacité de production. Les autorités doivent aussi prendre des mesures drastiques pour réglementer ce travail et exiger l'achat de permis d'exploitation de sorte que les enfants repartent à l'école et que les jeunes s'intéressent à l'agriculture."

Jean Thibaut Ngoyi

Mai 2011

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Published by Syfia Congo Brazza - dans articles presse
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com