Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
  • Le blog de Syfia Congo Brazza
  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
  • Contact

Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

Recherche

.

Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 10:12

(Syfia/CRP) À Dolisie, une vingtaine d'ex-combattants, regroupés dans un collectif, élèvent des porcs et encadrent d'autres jeunes éleveurs. Ils gagnent ainsi honnêtement et correctement leur vie ce qui les détourne des armes et de la violence.

 

"Avant, je parlais du calibre des balles ou des canons. Maintenant, je parle de la race des porcs, de leur nourriture ou des vitamines à leur administrer", observe Roland Boubanga. Ce jeune homme a fait table rase de son ancienne vie de Mamba, nom de code des partisans de Pascal Lissouba lors du conflit de 1997 contre les Cobras de Denis Sassou Nguesso.

Après avoir perdu cette guerre, plus de 1 200 Mambas, assistés d’une trentaine d’officiers des Forces armées congolaises, ont mené une rébellion de 1998 à 2000 contre le pouvoir du président Sassou dans les départements du Niari, de la Bouenza et de la Lékoumou, fiefs de Pascal Lissouba. Ils y ont commis des meurtres et des pillages. Grâce à un financement notamment de la Banque mondiale à l'occasion du Programme national de démobilisation désarmement et réinsertion (PNDDR) dans le département du Niari de 2003 à 2006, ils ont pu commencer une nouvelle vie dans l'agriculture, le petit commerce, l'élevage de caprins ou de porcs, etc.

 

"Nous avons regagné notre honneur !"

Au quartier Balumbu à Dolisie, un collectif regroupe une vingtaine de jeunes ex-combattants et milite pour le développement de l’élevage porcin. Roland et certains de ses amis sont de ceux qui centrent désormais leur vie sur cette activité. "J'ai une famille à nourrir, le suivi de mes bêtes à faire, et, si j'en vends une, j’ai au moins 100 000 Fcfa (plus de 150 €)… À quel moment aurais-je le temps de reprendre les armes ?", interroge-t-il. Dans le même registre, devant ses jeunes apprenants éleveurs attentifs, Georges Moupoussa explique : "Il ne faut pas replonger dans la guerre. Nous nous sommes fait du mal entre frères pour rien. Les vraies causes de la rébellion étaient connues des chefs. Ils défendaient en fait leurs propres intérêts !"

La reconversion de ces ex-combattants fait aussi la fierté de leur entourage. "Les armes font partie de leur passé. Nous leurs parents étions montrés du doigt. Aujourd'hui, les gens ont pratiquement tout oublié. Nous, nous avons regagné notre honneur !", se félicite la grand-mère d’un de ces ex-miliciens.

Avant de se lancer dans l'élevage, les ex-combattants ont suivi durant deux semaines des séminaires de formation sur les notions de base, à l’issue desquels la Banque mondiale a remis à chacun deux bêtes, une pelle, une pioche, un râteau, une brouette et 150 000 Fcfa (près de 230 €) en échange de leurs armes. Adelphine Mitsika, chef de section agro-pastorale au Centre de formation professionnelle Sala Ngolo qui a encadré ses jeunes témoigne : "Certains, plus assidus, étaient très intéressés par l'apprentissage de l'élevage, le cycle de reproduction des porcs, etc.".

 

Des exemples pour d'autres jeunes

Aujourd'hui, certains encadrent d’autres jeunes qui veulent devenir éleveurs. Depuis 2008, chaque année, les ex-combattants de Balumbu en forment environ 30, donnent des conseils sur les différentes races de porcs ou des astuces contre la peste porcine. "Autrefois, l'élevage était plus pratiqué par des vieux pour l'autoconsommation. Désormais, celui des porcs attire à nouveau beaucoup de jeunes. Avec l'arrivée des Chinois, grands consommateurs de la chair de cet animal et le développement de restaurants de ngulu mû mako (plat de viande de porc et banane plantain, Ndlr), chacun rêve d'avoir son parc et de faire plus de chiffre d'affaires", explique Doux Moussavou, président du collectif des ex-combattants éleveurs du quartier Balumbu. Une tendance que confirme Denis Kikhounga, économiste de formation devenu éleveur par manque d’emploi : "L'élevage peut être très rentable. Je ne manque de rien pour prendre en charge ma petite famille. D'ailleurs, un de mes enfants marche sur mes traces".

Victor Bamona, chef de service production animale à la Direction départementale de l’élevage du Niari, pense pour sa part qu’il est bien de donner des bêtes et des crédits aux ex-combattants, mais il insiste sur l'importance de l’assistance technique et des descentes régulières des services d’élevage habilités dans les porcheries de ses jeunes. Faute de quoi, leur activité et leur réinsertion ont, selon lui, de fortes chances d’échouer : "La Banque mondiale et le PNDDR ont utilisé ce système pour collecter les armes. L'objectif n'était pas le développement. Résultat, certains de ces jeunes se retrouvent parfois sans ressources et prêts à retomber dans leurs vielles habitudes…"

Parmi les quelque 150 ex-combattants qui ont opté pour l’élevage de porcs, au moins 50 d'entre eux vivent de cette activité. D'autres, après le passage de la peste porcine qui a emporté leurs bêtes, ont reçu un porc et une truie du collectif de Balumbu qu’ils rembourseront ensuite. Même s'il manque à l'heure actuelle d'encadrement, Doux fait partie de ceux qui s’en sortent bien : "Avec mes 120 porcs, je n'envie personne et on me respecte."

 

Marien Nzikou-Massala

Octobre 2010

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Syfia Congo Brazza - dans articles presse
commenter cet article

commentaires

Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com