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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 09:08

(Syfia/CRP) Au Congo Brazzaville, au cours de certains rites, des veuves subissent toutes sortes de maltraitances et d’humiliations de la part de leurs belles-familles. Résignées, certaines continuent à subir. D’autres résistent. Des Eglises et des associations les aident à en échapper ou à sortir de leurs traumatismes. 

 

Rester des jours entiers en face d’un mur, la tête baissée, le visage et le corps recouverts de boue et de poussière. Marcher pieds-nus. Dormir sur une natte de fortune. Ne pas adresser la parole aux hommes ni les regarder. N’avoir de contact qu’avec des veuves qui décident de vos heures de bain et de repas, quand vous n’en êtes pas privée. Pleurer sous la dictée des belles-sœurs qui quelquefois vous insultent, vous reprochent d’avoir vécu heureuse avec votre époux, vous donnent des coups à cause de votre coiffure trop belle ou de votre tenue trop propre à leur goût. Être quelquefois obligée de devenir l’épouse d’un beau frère. La liste est longue des humiliations et des souffrances infligées aux veuves au nom de la tradition.

Toutefois, certaines tiennent tête à la belle-famille et réussissent à éviter les maltraitances. « Après l’enterrement de mon mari, des beaux-frères sont venus me voir pour me demander de devenir l’épouse de mon bel oncle. J’ai refusé catégoriquement et je les ai chassés de ma maison. Ils sont partis et ne sont plus jamais revenus ! », explique une veuve qui a requis l’anonymat. Le combat contre les abus de certains membres de la belle-famille est cependant dur et inégal. Et, si certaines résistent, d’autres finissent par céder. Reglande dit avoir refusé de pleurer debout dans la rue, mais avoue avoir subi des sévices de la part des cousines du défunt. « Elles m’ont recouverte de poussière et m’ont mis de la boue au visage ». Après l’enterrement, poursuit-elle, « à 4 h du matin, elles nous ont amenées, mes sœurs et moi, à la rivière pour nous laver. Comme j’avais des cheveux défrisés, elles m’ont insultée et m’ont obligée à payer 25 000 Fcfa (près de 40 €) pour me les couper. L’eau dans laquelle nous étions lavées était très sale. Il y avait des immondices et même un poulet mort en décomposition... »

 

Le prétexte de la tradition

Pour Auguste Miabeto, universitaire, spécialiste des traditions orales, le veuvage est en principe pour celui ou celle qui l’observe une expression d’amour pour le défunt. Il reconnaît toutefois que quelques uns « abusent et profitent de la coutume pour exercer une certaine brimade sur la belle sœur ». Il tient à préciser que « cette tradition n’est pas celle laissée par nos ancêtres ». Interrogée sur cette question, Chancellevie, une femme qui ignore les règles traditionnelles du veuvage, estime que certaines méritent ces mauvais traitements. Souvent, juge-t-elle, « si de son vivant l’homme délaisse sa famille pour ne s’occuper que de sa femme. Si celle-ci est mauvaise de caractère, si elle reçoit mal les parents du mari, elle leur complique la vie. C’est normal qu’à leur tour ils le lui fassent payer ! ».  

Généralement, les veuves maltraitées ne vont pas se plaindre au tribunal. Herman Batamio Matondo, juriste et secrétaire permanent de l’association Mibeko souligne : « Les veuves, même celles qui sont instruites, ne vont pas au tribunal parce qu’elles ont peur de la sorcellerie. Il faut se protéger et protéger les enfants contre les mauvais sorts, mais aussi sauver son honneur, parce que la belle-famille est capable de faire courir des bruits d’infidélité sur vous. » 

 

Eglises et associations refuges

Pour aider ces veuves, l’action des Eglises et des associations est mise à contribution. « Comme je suis catholique, explique l’une de ces femmes, des sœurs de l’Eglise sont venues à la veillée. Voyant l’état dans lequel on m’avait mise, elles ont demandé à ma belle-sœur également catholique de dire à ses cousines de ne plus me maltraiter sinon elle serait excommuniée. Grâce à l’Eglise, les sévices n’ont duré qu’une journée ». La veuve Mbou est présidente de l’association des veuves de Notre-Dame de l’Assomption. « Notre travail consiste à conseiller les veuves, pour qu’elles apprennent à réintégrer la société et à bien encadrer leurs enfants. Nous les envoyons parfois chez le prêtre qui prie pour elles, ensuite, si elles le souhaitent, nous organisons pour elles un retrait de deuil. L’année passée nous avons organisé des bains de purification pour quatre veuves», précise-t-elle.

Certains adoucissent les rituels. D’autres s’en passent tout simplement et ne s’en portent pas plus mal pour autant. François Xavier, veuf, membre de l’association Œuvre Notre Dame des veufs et orphelins du Congo, raconte son expérience non sans une certaine ironie : « Moi, j’ai refusé de faire ces rites et je ne suis pas mort ! ».   

 

Dieudonné Moukouamou Mouendo

Mars 2011      

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Published by Syfia Congo Brazza - dans articles presse
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com