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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 14:05

(CRP /Syfia) Ernestine Ilendo est, depuis 5 ans, chef de Passi-Passi, localité d’environ  600 habitants près de Dolisie. Mariée, mère de quatre enfants, elle ne mélange pas ses fonctions de dirigeante du village et son rôle de maîtresse de foyer.

Ernestine Ilendo, un panier sur la tête, pagne bien noué, silhouette fine, marche à pas assurés vers sa case. Derrière elle, son époux,  Alexandre Manoungou. On a l’impression que ce dernier assure la sécurité de sa femme, chef de village. Il est difficile d’attribuer à cette dame les quelques 70 ans que lui donne son mari. Analphabète, elle ne maîtrise  pas elle-même son âge. On est toutefois vite ébloui par le charme et le dynamisme que dégage cette septuagénaire. Une fois débarrassée de son panier, elle s’assoie confortablement dans sa chaise en rotin. Elle raconte dans quelles circonstances elle a pris les commandes du village de Passi-Passi, une localité de 600 habitants environ à 25 km au nord-ouest de Dolisie.

C’était en 2009. Ancienne  trésorière du comité du village, Ernestine assure alors l’intérim du chef tombé malade. "Le bureau voulait que le secrétaire général assume cette tâche, mais le président du comité du village a exigé que ce soit moi", se souvient-elle.  Le chef du village ne survivra pas à la maladie. Ernestine poursuivra  la transition. Ses actions à la tête du comité du village lui font obtenir la confiance du sous-préfet qui la confirme dans ses fonctions. "Il y avait dans mon village beaucoup de conflits et litiges que j’ai réussi à résoudre", se réjouit-elle.

 

Appréciée par les habitants

Pamella, une jeune femme de 19 ans qui a arrêté sa scolarité en 6ème, fait partie de ceux qui pensent encore qu’une femme aux commandes c’est contraire à la tradition : "La gestion des problèmes du village a toujours été l’affaire des hommes ! D’ailleurs, un adage de chez nous dit que  ‘les femmes ne construisent pas de village’ pour dire que la seule chose qu’elles savent faire, c’est détruire !" Sa grand-mère, Jeanne Nsona, a une opinion contraire. Cette septuagénaire pense que leur chef dirige bien et que les habitants devraient l’encourager. Pour elle, les femmes sont capables de gérer et même mieux que les hommes : "Hier, la femme ne pouvait pas par exemple dépecer le gibier, cette tâche revenait à l’homme. Aujourd’hui, elle en est capable ! Les choses ont changé…"

Roger Wing Dougoma trouve lui aussi normal qu’une femme soit à la tête de son village : "Au temps où les hommes dirigeaient, la pagaille régnait. Depuis l’arrivée de maman Ernestine, le calme est revenu. Elle prend de grandes décisions et nous l’écoutons. Cela ne nous dérange nullement d’avoir une femme comme chef. "

Voir son épouse chef de village ne gêne pas non plus Alexandre Manoungou, son mari : "Elle est mon chef quand nous sortons de notre foyer, mais une fois chez nous, c’est moi le chef ! Selon la loi (article 168 du Code de la famille, Ndlr), le chef de la famille, c’est l’époux. Ma femme respecte cela. Elle n’a pas changé. " Maîtresse de foyer et chef du village : deux rôles bien différents selon madame Ilendo : "Mon autorité s’arrête une fois que j’ai franchi notre concession. Chez nous, je me rabaisse, car c’est mon mari le chef. Je ne prends pas sa place. C’est même lui mon premier conseiller !"

Sorcellerie, adultère, vols de bétail…

"Lorsque j’apprends qu’il y a un problème, je réuni le village. J’écoute les deux parties en conflits et les témoins. Sans parti pris, j’établi les responsabilités. Si l’affaire dépasse mon autorité, je fais intervenir la police ou le sous-préfet", explique la chef du village. Deux habitants, accusés de sorcellerie ont ainsi échappé au lynchage des habitants grâce à l’intervention de la courageuse femme. "J’ai dû arracher l’un d’eux en sang des mains de la foule en furie. Je l’ai caché dans ma case avant d’appeler la police. Elle est intervenue et a conduit l’infortuné en ville", rapporte madame Ilendo.

Fort de ses plus de 60 ans de vie conjugale, elle joue également le rôle de conseillère matrimoniale et règle les conflits d’adultère de Passi-Passi. "Un jour, deux hommes ont failli se tuer pour une affaire de femme. La chef les a réconciliés. Aujourd’hui, ils ont oublié leurs différends et sont redevenus de bons voisins", témoigne Roger Wing Dougoma.

Ernestine Ilendo a également du faire face aux vols de bétail. "Passi-Passi avait beaucoup de cabris, moutons et même des bœufs. Quelques jeunes ont volé le bétail pour aller le vendre à Pointe-Noire. J’en ai fait arrêter certains par la police. Hélas, cette dernière les a libérés  par la suite…" David Youla Motimba, instituteur, révèle que ce conflit, non résolu, a suscité le mécontentement des éleveurs dépouillés de leur cheptel : "Elle avait promis d’attraper tous les voleurs, mais, à un moment, elle n’a plus exécuté sa décision. Ce qui fait que les éleveurs sont mécontents d’elle."

Cet enseignant salue tout de même le dynamisme de sa chef pour collecter des fonds et régler le salaire des enseignants non rémunérés par l’Etat.

 

Blanche Simona

Mai 2014

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Published by Syfia Congo Brazza - dans articles presse
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com