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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 07:16

(Syfia/CRP) Au Congo Brazzaville, bon nombre de jeunes ont des difficultés à s'exprimer dans leur langue maternelle. Autorités, associations et instituts produisent des documents et des émissions radiophoniques pour leur en redonner le goût. Certains découvrent ou redécouvrent ainsi avec joie une part importante de leur culture.

 

"Nous venons ici consulter les manuels traduits en téké (une des quelque 50 langues du pays, Ndlr)", témoignent Odile et Diane, toutes les deux dans la vingtaine, rencontrées à la Société internationale de linguistique (SIL Congo). Depuis plus de 20 ans, cet organisme privé aide les gens, en particulier les jeunes, à mieux connaître et maîtriser leurs langues maternelles. Ces deux dernières années, Odile et Diane, les apprennent pour éviter leur disparition. Tous sauf un hasard puisque toutes deux sont étudiantes en langues… vivantes ! Mais, actuellement de nombreux jeunes utilisent mélangent des mots français aux langues locales. "M'basi mu vrai pari, ni kwisa Ku l'école", dit par exemple Landry en lari, une langue plus parlée dans département du Pool et les quartiers sud de Brazzaville, à son ami pour lui dire : "Demain, je serai matinal à l'école."

Ces derniers temps, autorités et associations produisent des manuels en lingala et en kituba pour intéresser plus de jeunes. "Nous faisons des recherches pour produire des matériels didactiques. Nous avons publié un dictionnaire en kituba", explique Rock Bankoussou, directeur de la Sil. "Nous produisons des livres tels que 'comment lire et écrire le lingala', dictionnaire en beembe et d'autres en mbochi", ajoute Idriss Mbouka, réceptionniste dans ce même organisme. "Nous traduisons des livres et nous produisons des cassettes audio pour faciliter l'apprentissage", conclue-t-il. Une méthode qui commence à porter ses fruits. En 2010, plus de 800 universitaires et chercheurs ont consulté ces manuels contre seulement 350 environ en 2009.

 

"Toutes les langues se valent"

Plusieurs ONG travaillent dans la même direction. "Nous avons des ouvrages sur les proverbes en kongo et les dictons en téké", cite Guy Samba, réceptionniste au centre de l’association Butsiele ku Kongo (La lumière au Congo, en kongo). Depuis 2001, cette structure aide les jeunes à mieux maîtriser leurs langues en utilisant le moins possible de mots en français. "J'ai appris à corriger mes erreurs grâce aux manuels de cette association", se félicite Dorval, sans emploi dans la trentaine, qui fréquente ce centre depuis deux ans. À présent, il parle couramment le kongo.

Une petite victoire, car le défi de la préservation est immense… "Peu de gens parlent en langues maternelles, cela entraîne leur disparition", regrette Obi, un animateur culturel. Selon un traditionaliste qui a requis l’anonymat, "en dehors du lari, du lingala et du kituba", d'autres langues risquent ainsi de disparaître d'ici 50 ans d’après plusieurs travaux effectués. Les autorités semblent avoir pris la mesure du danger. Depuis 1980, certaines langues congolaises sont ainsi enseignées à l’université Marien Ngouabi. "C'est une réussite que le kituba et le lingala y soient enseignées dans quatre départements et que plusieurs services étatiques travaillent sur cette question", fait savoir M. Kimpalou, du service des langues et traditions orales au ministère de la Culture. Par ailleurs, selon une source de l’Institut national de recherches et d’actions pédagogiques (INRAP) qui a requis l’anonymat, "pour faciliter la compréhension de certains cours, surtout les calculs avec les élèves du primaire, d'une manière officieuse, l'État a demandé aux enseignants de recourir aux langues nationales."

Alain Loussakoumounou, du service des langues à l'INRAP, évoque, lui, les actions entreprises par sa structure. "Nous avons créé des émissions radiophoniques en langues locales comme ba ndinga na yisi (les langues du pays, Ndlr) pour faire comprendre aux gens que toutes les langues se valent", explique-t-il. Après ces émissions, certains parents passent demander des documents.

 

Parler la langue du village à la maison

Certains d'entre eux soutiennent activement les initiatives en cours. "À la maison, je parle mbochi à mes enfants", fait savoir Jean. Dans d’autres familles, des parents, après les guerres civiles, en ont fait une exigence. "Papa et maman ont décidé que tous les enfants devaient parler la langue du village", explique Franck, un jeune qui parle sans gêne son dialecte. "Tous les examens sont présentés en français. Même quand il s'agit de trouver de l'emploi, cela se passe dans cette langue", estime à l'inverse un père qui n'y voit pas l'intérêt. "Je ne connais pas le beembe parce que mon père voulait que je sois comme un Français…", se lamente un jeune.

Pour que les gens maitrisent le lingala, le kituba et d'autres langues, M. Kimpalou pense que "chaque foyer doit enseigner à son enfant la langue du village." Pour des traditionalistes, l’État doit imposer par une loi cet apprentissage. De son côté, l’UNESCO explique qu'elle va cette année aider le pays à recenser ses langues. Des efforts conjugués que certains jeunes applaudissent. À l'image de Dorval, qui souhaite que chaque arrondissement de Brazzaville ait une bibliothèque avec des documents dans les différentes langues congolaises.

 

Flaure Tchicaya

Juin 2011

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Published by Syfia Congo Brazza - dans articles presse
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com