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  • : Le blog de Syfia Congo Brazza
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  • : Sur ce blog, vous trouverez des articles et des émissions sur la société civile congolaise. Un projet soutenu par l'Union européenne et mené par Syfia international et le Centre de Ressources pour la Presse (CRP).
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Le projet

Soutenu par l'Union européenne, le projet encourage le dialogue entre les autorités locales et les organisations de femmes qui luttent contre la pauvreté et pour un meilleur respect de leurs droits en milieu rural. Les journalistes vont jouer le rôle de médiateurs en favorisant notamment les rencontres débats entre ces trois groupes.

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Articles réalisés avec l'aide financière de l'Union européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et du CRP ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

Qui sommes-nous ?

Crée en 1994, le Centre de ressources pour la presse (CRP), association à but non lucratif de la presse congolaise, coordonne cette action. Il est le garant de la ligne rédactionnelle en étroite collaboration avec son partenaire, Syfia International. Il sélectionne, forme et suit individuellement les journalistes, organise les ateliers, les débats communautaires et les conférences de rédaction, assure les relations avec les médias locaux et suit la diffusion des émissions et des articles.

15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 16:00

(CRP/Syfia) Un débat communautaire sur les violences conjugales s'est dernièrement déroulé à Djambala, dans le département des Plateaux. Une façon de libérer la parole des femmes qui, au quotidien, ont encore peur de dénoncer leurs bourreaux de maris.

 

"Il y a des femmes violentées ici, mais aucune ne se plaindra auprès de vous. Elles ont peur d'être répudiées par leurs maris." Germaine Inko, directrice départementale de l'Intégration de la femme au développement dans les Plateaux, a d'emblée planté le décor. C'était le 16 décembre dernier à Djambala (plus de 400 km au nord de Brazzaville), lors d'un débat communautaire sur les violences conjugales. Débat organisé dans le cadre du projet "Journalistes, associations et autorités locales contribuent à un meilleur respect des droits des femmes rurales pour lutter contre la pauvreté". Un projet financé par l'Union européenne et exécuté par le Centre de Ressources pour la Presse (CRP), en partenariat  avec Syfia international.

Animé par Flaure Elysée Tchicaya et Viviane Bonaventure Nkoua, deux journalistes dudit projet, le débat a été supervisé par Gaston Elbi Enkari et Marien Nzikou-Massala, coordonnateur et coordonnateur adjoint du projet. Malgré le temps pluvieux, une quinzaine de participants étaient présents. Les membres de cinq associations et deux chefs de quartiers ont reconnu, sans langue de bois, qu’à Djambala, les femmes étaient souvent victimes de violences sexuelles ou économiques de la  part de leurs époux.

"Tu reviens des champs toute fatiguée, tu dois préparer pour le mari et il faut encore accomplir l'acte sexuel sinon, ça devient un problème ! On te bastonne toute la nuit et tu te réveilles le matin avec les yeux enflés", a évoqué parmi les problèmes rencontrés par certaines d'entre elles, Martine Joëlle Gabio, présidente du Groupement jeunesse Onari d'Abala Ndolo.

 

"Torturées toute la nuit"

Tatiania Mpala, secrétaire du Groupement jeunesse entente de Djeké Lékana, a elle expliqué lors de ce débat, que  "ces hommes deviennent violents après s'être enivrés de lotoko (ou boganda, boisson locale très alcoolisée fabriquée à base de maïs, Ndlr). Et quand ils rentrent chez eux, leurs épouses doivent exécuter tout ce qu'ils disent. Ils les torturent (coups, insultes, etc.) toute la nuit au lit. A tel point que le lendemain matin, elles ne peuvent pas vaquer à leurs occupations."

Une brutalité que Léon Indoura, chef de quartier centre-ville Djambala, a maladroitement tenté de justifier : "Il y a des foyers où monsieur et madame peuvent faire une ou deux semaines sans avoir de rapports sexuels. Madame ne veut pas céder et monsieur n'arrive pas à se contenir. Il est donc obligé d'utiliser un peu la force..." Jean Pierre Moutali, chef de quartier Ngambao, a avancé la même explication : "Votre épouse fait des caprices quand il s'agit d'accomplir l'acte sexuel. Elle se dit fatiguée, alors qu'elle va aux champs sans problèmes...."

Les participants au débat ont aussi présenté l'inconstance de la popote comme une autre source de violences. "Certains hommes ne s'occupent pas bien de leurs femmes. Ils peuvent donner 25 000 Fcfa (38 €) pour la popote ce mois-ci et le mois suivant, ils avancent d'abord 15 000 Fcfa (23 €) et n'ajoutent plus ensuite l'argent promis", a observé Cornelline Mfourga, membre de la Coopérative Mères et Filles de Kiali. Ce que constate aussi Martine Joëlle Gabio : "Des hommes de Djambala ne donnent pas une popote fixe à leurs épouses. Quand elles leur demandent des explications, ils répondent qu'ils ont eux aussi leurs problèmes..."

 

10 à 30 ans de prison

Un comportement qu'a une fois encore essayé d'excuser Léon Indoura : "La femme doit comprendre que le mari a aussi sa famille. Il doit s'occuper de sa mère, de son père, de ses petits frères… Dans la famille congolaise, tout le monde n'est pas nanti. Mais madame n'aime pas cela." Jean Pierre Moutali a sur ce point été plus mesuré, conseillant au mari de considérer son épouse comme une aide, plutôt qu'un objet à frustrer ou à taper : "La femme doit connaître ses droits et devoirs dans le foyer, mais l'homme doit aussi connaître ses responsabilités. La Bible recommande aux femmes d'être soumises à leurs maris et également aux maris d'aimer leurs femmes. Quand on aime son épouse, on ne peut pas lui faire de mal. On satisfait ses besoins et on règle tout à l'amiable, en famille."

Rappelons toutefois que les maris qui battent leurs femmes, encourent selon le Code pénal congolais 2 à 5 ans de prison et jusqu'à 480 000 Fcfa (plus de 730 €) d'amende. En cas de viol ou si les coups portés et les blessures faites volontairement sans intention de donner la mort, l'ont pourtant occasionnée, les époux violents risquent 10 à 30 ans de prison...

 

Jean Thibaut Ngoyi

 

Janvier 2015

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Published by Syfia Congo Brazza - dans articles presse
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Le partenaire

Syfia international est partenaire du CRP dans la mise en œuvre du projet. Son bureau français, l'association Journalistes Médiateurs (J'M), assiste le CRP dans la gestion financière de l'action et le suivi rédactionnel des journalistes, en particulier dans la production des articles. Syfia regroupe 15 agences de presse dont 12 en Afrique (parmi lesquelles le CRP) et 3 en Europe. Les 100 journalistes de l'équipe travaillent en réseau pour produire et diffuser des informations prioritairement destinées aux médias et aux lecteurs et auditeurs du Sud.

Les medias associés

La vingtaine de journalistes participants sont tous membres de radios ou de journaux de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Djambala et Ewo. Leurs responsables diffusent les émissions et les articles réalisés dans le cadre du projet et participent activement aux formations. La présente action mise en particulier sur les radios rurales pour élargir la diffusion vers l'intérieur du pays.

 

Autorités et OSC associées

24 associations de soutien aux femmes et 24 autorités locales (4 sur chacun des 6 sites de l'action) prennent l'habitude de se réunir régulièrement. Les OSC rurales sont davantage connues des médias et reconnues par les autorités.

Contact

Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari
g.elbienkari(a)gmail.com

 

Syfia international – Bureau français : association Journalistes Médiateurs - 125, rue Raimu - 34 070 Montpellier - Emmanuel de Solère Stintzy
edesolere(a)gmail.com